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Fabrice Hadjadj

Portrait

Source :La Nef n°216 de juin 2010
Son nom ne vous est pas inconnu. Collaborateur occasionnel de votre revue préférée, Fabrice Hadjadj est un écrivain infatigable. En mars dernier, il recevait le Prix 2010 de la littérature religieuse pour son livre La foi des démons ou l’athéisme dépassé (1). Aujourd’hui, il en prépare un autre sur le Paradis.

L’écriture l’accompagne depuis le plus jeune âge. À 21 ans, il dirige avec John Gelder un travail collectif, Objet perdu, auquel ont collaboré Houellebecq, Noguez ou encore Vanheigem. Mais ses maîtres d’alors sont Nietzsche et Bataille. À cette époque, Hadjadj s’autoproclame athée, anarchiste et profondément antichrétien : « Pas très original pour un juif de gauche, qui plus est à Sciences Po ! » Les parents du jeune homme, juifs de Tunisie et maoïstes militants, l’élèvent dans l’attente du Grand Soir : « J’ai grandi en écoutant les chants de la Commune de Paris ! s’amuse-t-il. Mais aussi et surtout dans l’amour des livres. » Petit bourgeois snob et intellectuel, il cultive le goût pour le pessimisme et les phrases sombres à la Céline du genre : « L’amour, c’est l’infini à la portée des caniches ». « Je méprisais l’Écriture Sainte, mais j’étais persuadé de la sainteté de ma propre écriture », confie-t-il.

Mais il fallait que l’amoureux des Lettres rencontre le Verbe, pour découvrir les arrière-fonds de ce qui faisait son désir, sa quête d’absolu et de radicalité. Un jour l’état de santé de son père le fait entrer dans l’église Saint-Séverin. Sans trop savoir pourquoi, il supplie la Sainte Vierge de lui venir en aide : « Une sorte de paix est entrée en moi. Comme jamais je n’en avais éprouvée. Je me suis intimement senti à ma place. » C’est alors qu’il fait l’expérience de l’unité. « Unifie mon cœur pour qu’il craigne ton Nom », chante le Psalmiste. Sa recherche métaphysique et la réalité concrète ne font plus qu’un : « L’absolu était là où je ne voyais que niaiserie. »

La messe quotidienne lui fait découvrir saint Paul et l’Évangile. « Elle était là la vraie révolution ! » Qui pouvait imaginer que ces lectures pouvaient contenir autant de puissance ! Autant d’extrémisme ! Son esprit littéraire et élitiste est d’un coup, d’un seul, démoli par cette vérité qui lui procure une joie incompréhensible : « La parole m’est apparue d’une immense violence spirituelle, mais de cette violence qui guérit, comme le fer rouge. » C’est à l’abbaye de Solesmes qu’il reçoit le baptême, en l’absence de ses parents : « Je souffre toujours de cette absence, confie-t-il. Ma plus grande joie serait de pouvoir aller à la sainte table avec mon père. »

Aujourd’hui Fabrice Hadjadj a 39 ans et est père de quatre filles. Professeur de littérature et de philosophie, il consacre le reste de son temps à la composition de livres et de pièces de théâtres, dont le très remarqué Massacre des innocents en 2006. On pourrait croire que son besoin d’écrire s’est vu conforté par sa conversion. Mais le philosophe ne cherche pas à témoigner, ni à convertir, « juste à célébrer l’Être ! »

Alain Finkielkraut a dit un jour de lui : « C’est un arabe de nom, un juif de naissance, un catholique de baptême. » Mais c’est surtout un homme qui, en cherchant le bonheur, a croisé la route d’un autre Homme qui s’est imposé comme la Vérité. « Trop de catholiques théorisent leur foi, mais le christianisme c’est avant tout une rencontre, c’est une vie », conclut-il.
M.T.
(1) Salvator, 2009, 304 pages, 20 e (cf. La Nef de mai 2009).