Recherche
Lettre électronique
Pour recevoir régulièrement des nouvelles de La Nef, entrez votre courriel et validez
Mon compte
  • Accueil
  • Archives de la Nef
  • Société
  • Ecologie

Faut-il changer nos modes de vie ?

Christophe Geffroy

Source :La Nef N°234 de février 2012
Benoît XVI appelle régulièrement les catholiques à changer leur mode de vie. Un tel appel, relayé par les évêques, ne peut laisser indifférent et mérite une réflexion. Sachant que le « comment faire » demeure une question ouverte au débat, nous proposons un dossier présentant des analyses différentes, conclu par un beau texte du cardinal Barbarin.

Faut-il changer nos modes de vie ? La question n’est pas anodine et elle l’est d’autant moins que les papes récents nous invitent instamment à ce changement. Benoît XVI y revient souvent, citons son message pour la Journée mondiale de la Paix du 1er janvier 2010, où, à plusieurs reprises, il nous exhorte : « Un changement effectif de mentalité qui pousse chacun à adopter de nouveaux styles de vie […] devient désormais indispensable » (n. 11, cf. aussi Caritas in veritate n. 51). Ce qui est en cause, très clairement, ce sont « les modèles de consommation et de production actuellement dominants » qui conduisent, pour le pape, à une inquiétante « dégradation environnementale ».

Cette volonté des papes de nous engager vers de nouveaux modes de vie moins consuméristes et plus respectueux de la planète, de son environnement et de ses réserves énergétiques, est donc indubitable, on pourrait citer de longs extraits de leurs discours là-dessus. Il est donc difficile, en tant que catholiques, de refuser d’admettre ces problèmes et de vouloir continuer comme avant à consommer toujours plus sans s’imposer aucune limite. Il est trop facile de prendre prétexte de l’incohérence des « Verts » – lesquels idolâtrent la nature et détestent l’homme regardé comme un « prédateur », au point d’être contre la vie et favorables à un malthusianisme qui s’apparente fort au suicide collectif –, qui défendent bien mal l’écologie, pour ignorer la réalité des problèmes que les papes soulèvent.

C’est surtout dans son encyclique Caritas in veritate (2009) que Benoît XVI explicite sa conception du développement, mais sur la question du mode de vie qui nous occupe ici, force est de constater qu’il en est resté aux principes généraux : « sobriété », « austérité », rejet du consumérisme et du libéralisme débridé, de l’hédonisme et de la « cupidité […], [qui] nous laisse croire qu’“avoir” serait la valeur suprême de notre être » (1), etc. Tout cela laisse à chacun une certaine liberté d’appréciation. Liberté, cependant, dans une direction bien imposée, incompatible avec une attitude d’indifférence, pire, de contestation voire d’hostilité. Mais liberté quand même qui signifie que le « comment faire » pour atteindre ces objectifs demeure une question ouverte au débat au sein de l’Église, il est essentiel de le comprendre pour éviter que chacun absolutise « sa » solution comme la seule possible et de s’engager ainsi dans des querelles sans fin semant la désunion dans un monde catholique déjà trop miné par des divisions intestines.

La difficulté, ici, est souvent de discerner ce qui relève de mesures politiques nous concernant tous, car liées au bien commun, et ce qui tient à des choix de vie personnels que nous n’avons pas à imposer aux autres : certains témoignent, par exemple, qu’ils ont trouvé le bonheur dans une vie rurale simple, détachée de nombre de ces « techniques » dont nous devenons facilement esclaves (mobiles, internet, TV, lave-vaisselle…). Ce choix est sympathique, mais peut-il être un modèle pour tous ? Le refus d’un certain progrès technique en raison de son caractère aliénant est une tentation, mais le risque est alors très fort de tomber dans l’erreur communautariste des Amish et de figer l’évolution de la société à un temps jugé « idéal » en considérant le progrès comme un mal en soi. Au reste, ce n’est nullement ce que nous demande l’Église : bien au contraire, elle ne fustige aucun de ces outils modernes, elle invite même les chrétiens à les investir, car c’est dans le monde concret qui est le 
Page 1 sur 3 1 2 3 »