La foule des saints qu’on ne peut dénombrer (Ap 7, 9) nous encourage chacun à devenir saint. Mais est-ce vraiment la sainteté en tant que telle qu’il nous faut désirer ?
Chacun a ses préférences : Jeanne d’Arc, Thérèse de Lisieux, Vincent de Paul, Antoine de Padoue, Thomas d’Aquin, Philomène. La variété même permet d’éviter d’errer sur ce qu’est la sainteté : il y a des saints de tous les genres, aussi diversifiés que le sont les visages. On ne peut donc se fier aux apparences. Alors, qu’est-ce qui, en profondeur, fait qu’un saint est un saint ?
Saint évoque un être pur. Dans leurs pensées, leurs affections, leurs actions, les saints ont les mœurs du Ciel, ils sont détachés de la terre, désintéressés, fermes (1) dans leur totale consécration à Dieu – non seulement dans leur prière mais encore dans leurs vertus et dans leurs œuvres, dont ils font comme une offrande liturgique ; enfin ils sont tendus vers leur prochain, avec toujours au cœur un immense amour des pauvres. Ils reflètent le visage de Dieu.
Les premiers compagnons de saint Dominique disaient qu’à vivre en sa compagnie, ils s’imaginaient connaître un peu de la joie des Apôtres auprès de Jésus. Rien qu’à rencontrer les saints, un coin du mystère de Dieu se soulève ! Le futur Pie XII se promenait chaque jour dans un jardin public : son extérieur très digne, doux et empreint d’une immense bonté rayonnait si fort qu’un enfant l’aborda très timidement en lui disant : Pardon, Monsieur, est-ce que… est-ce que… vous ne seriez pas… le Bon Dieu ?
Chercher à être un saint ?
Bernanos disait : les dévots cherchent à devenir saints ; les saints, eux, cherchent à aimer Dieu. Tout est dit là. Toute âme bien née est révulsée par les grenouilles de bénitier, les Pharisiens et les Tartuffe et, même si les masques diffèrent, toutes les époques ont les leurs, la nôtre elle-même. Aussi, si nous cherchions à imiter les saints, ne parviendrions-nous le plus souvent qu’à contrefaire le côté extérieur de leur sainteté, nous serions même capables d’imiter leurs défauts (seuls Jésus et Marie en ont été totalement exempts), non sans être assez satisfaits de nous-même la plupart du temps.
Mais pourtant, Jésus nous indique clairement le but de notre vie : « Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5, 48). Alors oui ou non, faut-il chercher la perfection, la sainteté, au moins, celle de notre Père du Ciel ?
Avant de parler de la perfection, en Matthieu que nous venons de citer, Jésus avait montré ce qu’est la perfection du Père : il donne pluie et soleil, il aime donc – oh combien ! – absolument tous les hommes, « bons et mauvais… justes et injustes » (Mt 5, 43-47).
Notre degré d’amour
Dans son hymne à la charité (1 Co 13), saint Paul affirme que ce ne sont ni le martyre, ni la pauvreté, ni les charismes, ni même la Foi qui transporte les montagnes qui comptent, mais la charité. Donc, décidément, non ! il ne s’agit pas pour nous d’avoir la sainteté pour finalité. Les saints le sont parce qu’ils sont amoureux de Dieu et non parce que la finalité de leur vie est « la sainteté ».
Enfin, notons qu’il est traditionnel depuis saint Thomas d’Aquin, de dire que les états de perfection (c’est-à-dire la vie religieuse, état de sainteté) sont « la recherche de la charité parfaite par les conseils évangéliques » (2). La perfection consiste donc essentiellement dans la charité.
L’aimer parfaitement : Dieu nous le demande donc. Aussi, si elle fascine, la sainteté fait souvent peur, à la vue des actes des saints, des martyrs surtout. Mais elle est possible, possible parce que c’est Lui, et Lui seul, miséricordieux et tout-puissant, qui nous en donne la grâce ; en effet Il nous avertit que sans Lui nous ne pouvons rien faire :
« Je suis la vigne, vous êtes les sarments. Celui qui