Oui ! Ou, plus précisément, il faut désirer la charité, dont l’intensité est notre degré de sainteté, nous l’avons vu dans le numéro précédent (1). Suite et fin.
Quel doux commandement Dieu ne nous fait-il pas en nous demandant d’être saints, en nous commandant de l’aimer de charité ? Qu’est-ce donc que la charité ? Elle est d’abord un amour, bien sûr. Et l’amour est une force qui porte à s’unir à l’être aimé. On distingue l’amour de convoitise, que le Pape a appelé eros dans Deus caritas est (n. 3) : tel être est aimé en tant qu’il est un bien dont la possession fera notre bonheur ; et l’amour de bienveillance, que Benoît XVI nomme agapè : amour qui veut le bien de l’être aimé ; il connaît un degré supérieur de perfection : l’amour de complaisance, amour qui veut davantage le bien de l’aimé que le sien propre et s’en réjouit donc davantage que du sien. Dieu nous aime de cet amour : Il désire que nous Lui soyons unis, alors qu’Il n’en reçoit qu’une gloire extrinsèque, extérieure à Lui-même. À nous aimer, Il a gagné … sa Croix. On note dans l’encyclique du pape sur la charité une certaine insistance sur l’amour de convoitise : c’est même une réhabilitation, continuée dans Spe salvi, (n. 10). Car nier, comme on l’a fait, après le Concile surtout, sous prétexte d’une (louable) gratuité, tout intérêt (le Ciel), tout gain dans notre amour pour Dieu, peut être orgueil luciférien, qui causa peut-être la chute des anges : Dieu ne peut rien apporter à mon bonheur. Les partisans du pur amour n’ont d’ailleurs pas toujours été des modèles de pureté…
Amour surnaturel
Cette charité ou bien vient de Dieu ou bien elle n’est pas. Tandis que sainte Félicité enfantant en prison gémissait, un geôlier lui dit : « Si tu ne peux en ce moment supporter la souffrance, que sera-ce en face des bêtes que tu as bravées cependant en refusant de sacrifier ? » Félicité répondit : « Aujourd’hui, c’est moi qui souffre ; mais alors il y en aura un autre en moi qui souffrira pour moi, parce que, moi aussi, je devrai souffrir pour lui. » La charité est un amour spécifiquement divin, et cela, toujours, même quand elle aime un être autre que Dieu, ange ou homme. Elle est participation à cette charité surnaturelle qui circule entre les personnes de la Trinité par le don de l’Esprit-Saint lui-même, amour personnel dans la Trinité (Rm 5, 5). En Dieu, la charité est telle que la gratuité est absolue, d’où le : « Invitez à dîner ceux qui ne peuvent vous le rendre. » Elle va jusqu’à l’amour des ennemis, car Dieu nous a aimés le premier alors que nous étions ses ennemis. Elle va jusqu’à bénir ceux qui nous maudissent, ou, plus simplement à être bienveillants envers ceux qui médisent de nous. Ainsi, quand nous n’avons aucune raison d’aimer notre prochain et que nous le faisons quand même pour l’amour de Dieu, alors nous sommes sûrs d’avoir la charité dans notre cœur. Mais, comme dans le conte du condamné à mort qui peut se racheter avec cinq cents écus (2), nous ne pourrons pas être sauvés sans avoir au moins une once de charité en nous. Et Jésus-Christ nous l’a vraiment donnée après l’avoir révélée en Lui, spécialement sur sa Croix.
Amour de la croix
Ainsi désirer l’Amour sera désirer la croix. Saint Jean de la Croix, écrit : « Nous devons expliquer le motif pour lequel il y en a si peu qui parviennent à cet état élevé de perfection de l’union avec Dieu. Or, sachons-le bien : ce n’est pas parce que Dieu veut restreindre le nombre de ces âmes privilégiées ; son désir est plutôt que tous soient parfaits. Mais il en trouve très peu qui veuillent entreprendre une œuvre si haute et si sublime. À peine leur a-t-il envoyé une légère épreuve, qu’il les trouve faibles ; ces âmes fuient la souffrance, elles ne veulent pas supporter le moindre chagrin, ni la plus petite mortification ; elles ne souffrent