Le président Sarkozy a évoqué en juin dernier la possibilité d’interdire la burqa en France. Au même moment, l’Assemblée nationale a diligenté une mission parlementaire sur le port de cette dernière. Le rapport de la commission devrait être connu en ce mois de décembre. Certains se demandent pourquoi faire tant de bruit pour si peu de cas recensés : 300 selon les uns, 2000 selon les autres. Et légiférer sur le port d’un vêtement à caractère religieux, n’est-ce pas contraire à la laïcité, voire à la liberté religieuse ?
Avant de poursuivre la réflexion, souvenons-nous que la limitation de la « liberté individuelle » en matière vestimentaire existe déjà dans l’espace public : l’atteinte aux bonnes mœurs ne permet pas, en principe, de se promener dans les rues d’une façon indécente, ou la visite de certains lieux publics ne peut se faire qu’en tenue correcte. Le principe même d’une réglementation vestimentaire conforme au bien commun n’est donc pas absurde en soi. De plus, dans le cas de la burqa, et même du niqab, le visage de la personne est méconnaissable, ce qui est contraire à la loi française qui interdit tout ce qui masque le visage, la police devant pouvoir contrôler l’identité des personnes. Plus fondamentalement, le regard est un facteur de communication entre les êtres et donc un élément de convivialité humaine naturelle et nécessaire.
Ces préalables montrent qu’il est légitime de s’interroger sur ce phénomène, à condition de l’aborder sous le bon angle : ce n’est pas en tant que problème religieux qu’il nécessite une éventuelle intervention des pouvoirs publics – il n’y a donc pas atteinte à la liberté religieuse –, mais en tant que problème politique d’ordre public et de bien commun. Et cela est vrai non seulement parce que l’islam est plus qu’une religion – il est aussi un système socio-politique –, mais surtout parce que le port de la burqa est une façon ostensible et provocante d’affirmer et d’imposer chez nous une vision de la société et de la femme contraire à toutes nos traditions : c’est un signe pour affirmer une identité, une domination, un refus de nos valeurs, de notre culture. Cela rappelle en passant que le vrai problème de la burqa est celui de l’immigration islamique sans laquelle la question ne se poserait même pas.
L’assujettissement complet de la femme que symbolise la burqa – assujettissement qui peut certes être volontaire, mais cela ne change rien au fond du problème – heurte notre vision de l’égalité entre l’homme et la femme héritée du judéo-christianisme. En France, ce devrait être un point non négociable, ainsi que l’a souligné Alain Finkielkraut qui ajoutait : « Ce “vivre-ensemble” implique bien sûr la liberté religieuse. Mais il indique aussi que la France n’est pas une auberge espagnole. Ce pays ne se réduit pas à la diversité de ses composantes actuelles. Il a une histoire, il a une substance, il est davantage qu’un ensemble de procédures visant à régler la coexistence des communautés » (1). Interdire la burqa chez nous – en utilisant la loi actuelle qui suffit ou en légiférant – est ainsi une façon de montrer à l’islam que nous sommes décidés à ne pas nous laisser imposer impunément sa loi quand elle contrevient à la nôtre. Et les musulmans sont là-dessus mal placés pour s’en plaindre, quand on constate l’absence infiniment plus grave de liberté religieuse en terre d’islam. Quand pourra-t-il y avoir une messe en Arabie Saoudite pour les presque deux millions de chrétiens qui y travaillent ? Quand pourront-ils arborer une malheureuse petite croix autour du cou ?
Nous sommes cependant nous-mêmes en position de faiblesse sur cette question pour deux raisons.
D’abord parce que nos politiques ont une notion fausse de la laïcité qui leur fait regarder le phénomène religieux avec crainte et suspicion, d’où ce souci d’exclure les religions de la sphère publique ; ce faisant, elles