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Fesch, le bon larron

François Foucart

Source : La Nef n°284 Septembre 2016
Une édition des œuvres complètes de Jacques Fesch, exécuté en 1957 après s’être converti en prison, a récemment été publiée (1), occasion pour revenir sur la vie et la sainte mort de ce bon larron.

C’est inouï, j'ai connu André Obrecht, le bourreau qui a guillotiné Jacques Fesch. Ce drame est un épisode infiniment douloureux mais extraordinaire, et magnifique, de ce que peut être la rédemption, la marche vers une mort terrifiante mais en apercevant un coin de ciel. Voici l'histoire…

Jacques Fesch est né en 1930 à Saint-Germain en Laye dans une famille bourgeoise et fort aisée. Le père est banquier, c'est un homme au cœur dur, cynique, intéressé, qui finit par divorcer en laissant une jolie pension à son épouse (à l'époque, 10 000 francs par mois). Il y a deux filles, Monique et Nicole, puis Jacques, un joli garçon blond, devenu un jeune homme un peu longiligne et séduisant. Élève à Saint-Érambert, il se révèle intelligent mais fantaisiste, paresseux. La suite est inévitable : ce garçon sans diplômes et sans métier a des succès mondains et féminins faciles mais reste profondément immature. Il fera son service militaire, puis épousera Pierrette dont il aura une très jolie petite Véronique.

Son père lui a bien donné un million de francs pour « monter une affaire », mais il se contente d'acheter une voiture de sport et de sortir en boîte. Cette vie nulle va se transformer en rêve : courir les mers du Sud à bord d'un beau voilier ! D'ailleurs il y en a un à vendre à La Rochelle, il l'a vu. Mais le joli navire vaut plus de deux millions et son père, sollicité, refuse de les lui donner. C'est alors que l'idée, folle, va germer : ce jeune bourgeois, par nature peu fait pour ce genre d'exploit, va s'improvise braqueur. Il a repéré au 39 rue Vivienne, tout près de la Bourse, un comptoir de change dont le teneur, M. Silberstein, fait commerce de lingots d'or. Jacques, avec un complice (un minable, ancien camarade de lycée), prépare son affaire : il va commander des lingots d'or, pour être sûr d'être servi, puis se munit d'un marteau et d'un pistolet dérobé à son père.

Nous sommes le 25 février 1954. Jaques a placé dans une serviette de cuir le pistolet, le marteau et de la corde à linge pour ligoter sa victime. Fébrile, presque tremblant, il entre dans la boutique, menace M.& 8200;Silberstein qui tente de le raisonner et finit par lui ouvrir le coffre, vide de lingots. Jacques va quand même s'emparer de 300 000 francs mais le changeur se débat, crie et son agresseur va alors lui donner un coup de crosse sur la tête, une balle percutée va blesser Jacques Fesch au doigt et transpercer la vitrine. Il s'enfuit pendant que le changeur, le crâne en sang, crie à l'assassin.

C'est la chasse à l'homme. Jacques Fesch lui-même raconte : « Je sors de la boutique, un passant me voit et crie. Je cours, passe devant ma voiture que je ne songe pas à prendre. Je fuis, on me traque, on me frappe, on crie. Un seul leitmotiv me martèle ce qui me reste à l’esprit : “Qu'ai-je fait !”& 8200;». Boulevard des Italiens, le jeune homme s'engouffre dans une porte cochère ouverte alors qu'une petite foule le poursuit avec l'aide maintenant d'un agent qui faisait la circulation à un carrefour, Georges Vergne. Jacques Fesch attend un moment puis redescend du 6e étage où il se cachait et tente de ressortir tranquillement. Mais l'agent de police est toujours là, le met en joue, la poursuite reprend, et c'est alors que Jacques, affolé, panique, n'y voyant goutte parce qu'il a perdu ses lunettes de myope, se retourne et tire sans viser à travers sa gabardine : incroyable malheur, la balle atteint l'agent Vergne en plein cœur. La poursuite continue, Jacques va tirer à nouveau et blesser grièvement un poursuivant, mais sera finalement ceinturé au métro Richelieu-Drouot.

Non seulement Jacques Fesch a tout raté, y compris son mariage 
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