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Fesch, le bon larron

François Foucart

Source : La Nef n°284 Septembre 2016
puisque le couple vient de se séparer, il a tué un policier déjà veuf et père d'une petite fille, et il sait que son horizon se limitera sans doute au couteau de la guillotine parce que c'est le sort des tueurs de policiers…

Le meurtrier est incarcéré à la Santé et s'étonne de l'extrême et mauvaise curiosité autour de lui : au début, il ne sait même pas que c'est un policier qu'il a abattu ! Il s'enferme dans sa solitude, amer, révolté, encore plein d'orgueil et surtout furieux d'avoir tout raté. Quelques visites, d'abord chez le juge d'instruction qui instruit son affaire, puis au bout de quelques semaines, sa mère, sa belle-mère, et puis Pierrette : il gardera dans sa cellule, jusqu'au bout, sa photo avec la petite Véronique. À plusieurs reprises, il repousse l'aumônier, un dominicain, le Père Jean Devoyod, en lui disant : « Ne perdez pas votre temps, je n'ai pas la foi… »

En revanche, il a un avocat étonnant, sensible et talentueux, mais fragile : il a mal vécu son homosexualité et, un jour, alors qu'il erre sur les quais de Marseille car son ami vient de le quitter, un prêtre – c'est Mgr Charles – lui propose de le suivre dans une croisière jusqu'en Terre Sainte. Paul Baudet va alors se convertir et c'est lui qui désormais (avec un religieux cloîtré, le frère Thomas, qui écrit au prisonnier) va accompagner la lente montée de Jacques (elle durera près de trois ans) jusqu'à la fin, vers le ciel…

Le détenu se met à lire, puis écrire, beaucoup. Jusqu'à un journal intime qu’il dédiera à Véronique. Et puis il accepte peu à peu les visites du Père Devoyod et entre dans la méditation des Évangiles. En octobre 1954, après une nouvelle lecture des apparitions de Fatima, après une longue visite de Pierrette, il écrit, comme on crie : « Brutalement, en quelques instants, j'ai possédé la foi, une certitude absolue. J'ai cru et ne comprenais plus comment je faisais pour ne pas croire. La grâce m'a visité, une grande joie s'est emparée de moi et surtout une grande paix. » Et à Pierrette : « Tu comprendras mieux, maintenant que je change et évolue, que ton amour et le mien peuvent nous sauver. »

C’est le coup de foudre, c'est saint Paul sur le chemin de Damas, mais pendant les deux ans qui lui restent à vivre (car il ne se fait aucune illusion), il va tout mettre entre les mains de Dieu, de la Sainte Vierge et de la Petite Thérèse (« Avec elles deux, je ne risque rien »), il va, inlassablement, avec un éblouissant courage, prier, méditer, écrire et écrire des textes de toute beauté. Les plus magnifiques seront les derniers, mais avant il y a eu le procès.

Un procès qui laisse un grave malaise parce que, malgré les efforts de Me Baudet, il semblait qu'il était entendu que l'on déciderait la mort. Et puis, comment ne pas évoquer le cruel et méchant travail de Me Floriot, partie civile, allant à l'abattage comme dans ses habituelles grandes chasses, et comment ne pas dénoncer le scandale de son dîner avec le président Jadin la veille ses réquisitions ? C’était un motif de cassation qui n'a pas été employé ; restait la grâce, refusée. Peu de temps après sa mort, le président Coty soupira : « C'est un de mes grands regrets de ne pas avoir gracié Jacques Fesch… » Il était bien temps…

Les plus belles lettres ? Paul Baudet l'avait prévenu la veille du 1er octobre 1957 : « Jacques, c'est pour demain… » Il va passer la nuit en prière :

« Dernier jour de lutte, demain à cette heure-ci, je serai au ciel. Que la volonté du Seigneur soit faite en toute chose. J'ai confiance dans l'amour de Jésus et je sais qu'il commandera à ses anges de me porter dans leurs mains… Le soir tombe et je me sens triste, triste… La mort approche et toute joie est partie, bien que je n'aie pas peur… Je pense que durant cette nuit d'agonie, je vais passer par différents états et que je vais un peu souffrir… Je me 
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