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Fondements de la civilisation

Source :La Nef n°197 de octobre 2008
Le discours de Benoît XVI aux Bernardins était le plus attendu. Il n’a pas déçu. C’est un texte remarquable et exigeant qui explique que la culture rime avec la recherche de Dieu.

Dans le sillage de la conférence de Ratisbonne (12 septembre 2006) et du discours (manqué) à La Sapienza à Rome (17 janvier 2008), Benoît XVI a poursuivi, à Paris, sa réflexion sur le rapport entre la foi et la raison (12 septembre 2008). Sa leçon prend comme point de départ le lieu « emblématique » où il la prononce : le collège des Bernardins édifié en 1245 par les Cisterciens. De là, Benoît XVI évoque le rôle civilisateur du monachisme occidental. Il impute à ce monachisme d’avoir gardé, au moment de « la grande fracture culturelle » – on pense ici au déferlement des hordes barbares en Europe –, le meilleur de la culture ancienne tout en suscitant une culture nouvelle. Telle n’était du reste pas l’ambition des moines ; ce résultat leur a été donné comme par surcroît car leur ressort intime n’était autre que la quête de Dieu. Un Dieu, cependant, qui plaçait « des bornes milliaires » pour s’offrir à être trouvé.
D’emblée, Benoît XVI focalise son attention sur ces repères : les Saintes Écritures, lesquelles, véhiculant la Parole de Dieu, ont permis aux chercheurs de Dieu de conjuguer amour des lettres et amour de Dieu ou encore, selon l’expression vigoureuse de Dom Jean Leclercq reprise à son compte par le pape Ratzinger, « eschatologie et grammaire ». S’ensuivirent la fondation d’écoles et de bibliothèques ainsi que le développement même des sciences profanes qui furent notamment linguistiques afin d’approfondir toutes les virtualités de la Parole.
À la racine de la civilisation européenne, Benoît XVI, avec douceur mais sans complexe, situe donc le désir de Dieu et l’amour de la parole. Un authentique historien de la culture occidentale ne pourra qu’admirer cette « résolution dans les principes » à laquelle, de façon inductive, notre pape parvient.

La vraie philosophie. Des principes, arrivons directement à la conclusion à laquelle le pape aboutira. Celle-ci tient dans les deux dernières phrases de sa conférence, à inscrire dans le marbre : « Une culture purement positiviste, qui enverrait dans le domaine subjectif, comme non scientifique, la question concernant Dieu, serait la capitulation de la raison, le renoncement à ses possibilités les plus élevées et donc un échec de l’humanisme, dont les conséquences ne pourraient être que graves. Ce qui a fondé la culture de l’Europe, la recherche de Dieu et la disponibilité à L’écouter, demeure aujourd’hui encore le fondement de toute culture véritable ». On est bien dans l’axe de Ratisbonne où Benoît XVI soulignait que la raison cantonnée à la mathématique et à la fonctionnalité, frustrée par conséquent de sa dimension métaphysique, était incapable d’établir un dialogue avec les religions, et dans la perspective de La Sapienza, où il affirmait qu’une philosophie qui se dégrade en positivisme, réduisant le champ de notre connaissance aux phénomènes qui tombent sous notre expérience, passe à côté de la question cruciale de la vérité. À Paris, le Souverain Pontife aborde la même question, mais sous l’angle de la finalité.
En définitive, « l’attitude vraiment philosophique » consiste à « regarder au-delà des réalités pénultièmes et [à] se mettre à la recherche des réalités ultimes qui sont vraies ». Notre pape dit tranquillement une chose énorme à l’oreille moderne ou postmoderne : être philosophe, c’est chercher Dieu ! Comme saint Paul, mentionnant à l’Aréopage qu’il avait trouvé un autel prudemment dédié « au dieu inconnu », Benoît XVI ne peut pas ne pas observer qu’aujourd’hui, « pour beaucoup, Dieu est vraiment devenu le grand Inconnu ». En expert de la pensée contemporaine, il décèle dans l’athéisme moderne la question lancinante de Dieu : « comme jadis où derrière les nombreuses représentations des dieux était cachée et 
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