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Français, si vous pouviez…

Jacques de Guillebon

Source :La Nef n°180 de Mars 2007
Nous autres les chiens savons maintenant que notre bassesse est immortelle. C’est ce que le super-talentueux Renaud Camus vient aujourd'hui, avec à propos, nous réapprendre. Un communisme chasse en effet l’autre, prétend-il, et celui de notre temps, mieux rodé encore que le précédent s’il se peut dans sa méthodologie culpabilisante, qui s’appelle antiracisme, fulmine une loi plus roide que l’airain à quoi l’on n’échappe pas. Car si « tout anticommuniste est un chien » selon Sartre, « tout anti-antiraciste est un pitbull, un pis que chien, un moins que chien, une hyène, une larve, une Bête immonde », commente l’homme de lettres aux cinquante livres, passé du côté obscur de la France depuis son affaire avec une radio d’État qui lui avait valu, pour quelques lignes de son Journal fustigeant la mainmise de commentateurs d’origine israélite sur l’information en provenance d’Israël, un clouage au pilori en règle et une désignation ignominieuse à la vindicte publique. À Alain Finkielkraut qui l’avait alors, seul contre tous, défendu des hurlements de la meute, Renaud Camus emprunte aujourd’hui cette expression de « Communisme du xxie siècle » pour définir au plus près l’idéologie antiraciste qui fait taire les consciences et baisser les yeux français.

L’antiracisme, saine réaction à l’origine que tout chrétien véhicule ordinairement depuis deux mille ans dans son bissac, a au fil des ans, on ne l’ignore pas, accaparé cette grâce insigne propre aux régimes totalitaires d’occuper seul le terrain de la morale – et à l’heure du refus de toute morale c’est même un comble – disposant maintenant de la puissance inouïe de jeter dans le même sac qui et tout ce qui l’indispose, le raciste (espèce rare) comme l’anti-antiraciste, aussitôt assimilé au nazi de demain. Renaud Camus n’hésite pas, pour lui, dans ces quelques textes réunis aujourd’hui, à se qualifier d’anti-antiraciste, c’est-à-dire salutaire guetteur dans la nuit de l’intelligence, au risque de se voir à nouveau condamné à errer comme paria.

L’écrivain n’annonce cependant pas encore l’aube, bien au contraire il crie et se lamente comme Rachel qui, ayant perdu ses enfants, ne veut pas être consolée : il constate avec frayeur que l’irruption de l'antiracisme a coïncidé, sans affirmer s’il y a là cause et effet, avec le délabrement de la culture entière d’un peuple, dont l’éducation des enfants n’est plus assurée, dont la violence des adolescents n’est plus canalisée ni même, quand il le faut, réprimée, dont la langue est de moins en moins correctement prononcée, dont l’âme finalement s’étiole et, comme une ultime flamme, n’attend qu’un souffle un peu violent pour s’éteindre. Renaud Camus, qui préfère les observateurs du réel quand bien même il est désastreux aux chasseurs de déclinologues, apparente sans vergogne notre situation à celle du Liban et du Kosovo, pour arriver à la question décisive : à nier, au nom d’une lutte antiraciste, les maux d’une immigration francophobe, aurons-nous la guerre civile ? Et s’il répond par la négative, ne vous réjouissez pas, c’est pour annoncer pire mal : « L’effondrement moral intellectuel, culturel, grammatical, spirituel, “religieux”, que dis-je, “hormonal”, d’une des parties au conflit éventuel l’empêchera sans doute de se lancer dans une résolution aussi extrême que le conflit armé ; et l’engagera très fort à le fuir, même, quel que soit le prix à payer pour ce désistement. » Terrible prophétie, qui se conclut ainsi : « Le mépris de soi nous sauvera du bain de sang. L’habitude de la capitulation fera le reste. » Camus, l’un des plus grands écrivains français vivants, annonce le pire ; il ne tient pourtant qu’à nous autre, Français, comme à chaque heure de désespoir, de relever le gant. La défaite n’est pas notre culture, ni le déshonneur notre patrie, ce n’est pas vrai. Et les poètes, heureusement, souvent se trompent.

Renaud Camus, Le communisme du XXIe siècle, Xénia, 2007, 114 
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