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Fraternité Saint-Pie X : la fin d'une dissidence ?

Editorial

Christophe Geffroy

Source :La Nef n°201 de février 2001
Magnifique symbole, la nouvelle est tombée en pleine semaine de prière pour l’unité des chrétiens : par un décret daté du 21 janvier 2009, la Congrégation pour les Évêques, sur ordre du pape, a levé les censures d’excommunication qui touchaient les quatre évêques de la Fraternité Saint-Pie X. La réaction spontanée à cette nouvelle est tout à la fois la joie et la surprise – voire pour certains de l’incompréhension. De la joie d’abord, car on ne peut que se réjouir de la levée d’une peine qui permet de favoriser le retour de catholiques dissidents à la pleine communion. Surprise, aussi, car aucun élément nouveau du côté des supérieurs de la Fraternité Saint-Pie X ne laissait présager un tel geste unilatéral du pape, ce qui explique l’incompréhension de certains qui jugent Benoît XVI trop généreux avec ces rebelles qui n’ont pas exprimé publiquement le moindre regret.

Le souci du Saint-Père est néanmoins légitime qui consiste à trouver un accord d’abord avec nos frères les plus proches, garantissant ainsi la crédibilité de la démarche œcuménique à l’égard des non-catholiques. La levée des excommunications – avec la liberté de célébrer la forme extraordinaire du rite romain – était une condition préalable posée par Mgr Fellay pour aboutir à des négociations en vue d’un accord avec Rome. Comme le pape le souhaitait, Mgr Fellay lui a écrit le 15 décembre pour le lui demander ; dans sa lettre, il écrit : « nous acceptons et faisons nôtres tous les conciles jusqu’à Vatican II au sujet duquel nous émettons des réserves ». La réponse généreuse du pape ne change cependant rien à l’absence de situation canonique de la Fraternité Saint-Pie X : elle ne signifie pas encore le retour à la pleine communion de ses membres. Pour sa portée symbolique, on peut comparer cet acte avec la levée des excommunications réciproques entre catholiques et orthodoxes réalisée par le pape Paul VI et le patriarche de Constantinople Athénagoras Ier en 1965 – ce qui n’a pas résolu d’un coup les divergences entre catholiques et orthodoxes.

La levée des excommunications est donc une étape symboliquement importante dont la fin immédiate est de permettre maintenant une discussion en vue d’un accord : discussion sur les divergences doctrinales et sur la place possible de la Fraternité dans l’Église (administration apostolique ou prélature personnelle ?). Après avoir demandé ce geste au pape, Mgr Fellay semble cette fois-ci déterminé à poursuivre le processus jusqu’à son terme. En cette circonstance, on peut penser que Rome appliquera le critère du dialogue œcuménique, à savoir de n’exiger que ce qui relève de la foi et, pour le reste, établir un groupe de travail qui examine les points litigieux – ce qui suppose l’arrêt des polémiques et une attitude de critiques positives du Concile et du Magistère. Hélas ! il y a eu tant de laxisme à l’égard de courants « avancés » qui ont contesté des points importants de l’enseignement de l’Église (en matière de mœurs particulièrement) que l’on comprendrait mal une rigueur soudainement extrême à l’égard d’un courant opposé !

Cet accord avec la Fraternité Saint-Pie X, nous le souhaitons depuis longtemps et nous ne pouvons pas ne pas penser à la parabole du fils prodigue, riche d’enseignement en cette affaire. D’abord, il y a l’immense joie du retour à la pleine communion qui devrait toucher tous les catholiques soucieux d’unité comme le Christ nous y exhorte. Mais ce retour ne signifie en aucune façon une « réhabilitation » de l’attitude passée des membres de la Fraternité Saint-Pie X, ni une légitimation a posteriori de leur grave désobéissance qui a conduit Mgr Lefebvre en 1988 à poser, selon Jean-Paul II, « un acte schismatique » (Ecclesia Dei, n. 3). Certes, alors que s’esquisse enfin un accord, ce n’est pas le moment d’y insister, mais il ne faut pas l’oublier, notamment en ce qu’il suppose de la part de Mgr Fellay et des siens un minimum d’humilité dans leur 
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