Recherche
Lettre électronique
Pour recevoir régulièrement des nouvelles de La Nef, entrez votre courriel et validez
Mon compte
  • Accueil
  • Archives de la Nef
  • Culture
  • Histoire

Furet, la Révolution et le communisme

Christophe Geffroy

Source :La Nef n°188 de décembre 2007
Historien de la Révolution et du communisme, François Furet (1927-1997) a contribué à émanciper l’historiographie de la mainmise marxiste. Dix ans après sa mort, la réédition
de son œuvre en deux volumes est l’occasion
de présenter ce grand intellectuel.


François Furet crée en 1982, avec Pierre Rosanvallon, la Fondation Saint-Simon qu’il préside jusqu’à sa mort. En 1999, ses dirigeants l’ont dissoute parce qu’elle avait accompli sa mission : « infiltrer la gauche française et la convertir progressivement au libéralisme économique et à la “globalisation” ». Aujourd’hui, la plupart des membres de la Fondation se retrouvent dans une organisation similaire : Le Siècle. Un tel engagement n’est pas de nature à nous rendre le personnage bien sympathique. Pourtant, il mérite assurément le détour.
Né à Paris en 1927, François Furet grandit dans un milieu bourgeois de tradition républicaine de gauche. Il devient communiste au lendemain de la guerre mais s’éloigne du parti dès les années 50, la rupture étant consommée en 1956 après Budapest. Il passe l’agrégation d’histoire en 1954 et commence alors une brillante carrière universitaire : recherches au CNRS sur la Révolution française, professeur (1960) puis président (1977-1985) de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), avant d’être nommé à l’université de Chicago où il enseigne chaque année un trimestre. Attaché à la démocratie libérale, il reçoit beaucoup de Tocqueville et Aron sans être pour autant un véritable disciple de ces deux maîtres du libéralisme. Il écrit de nombreux articles – principalement dans Le Nouvel Observateur, Commentaire et Le Débat – et publie quelques livres retentissants – Penser la Révolution française (1978), Le passé d’une illusion (1995),… Enfin, il est élu à l’Académie française en mars 1997, au fauteuil de Michel Debré, mais il meurt le 11 juillet avant même sa réception sous la Coupole.
Ce rapide survol biographique ne nous renseigne guère sur l’intérêt de l’œuvre de Furet. Il réside principalement dans sa remise en cause radicale de l’analyse marxiste de la Révolution française et dans sa contribution à briser le mythe du « bon » communisme qui a bercé la vie politique française de la seconde moitié du xxe siècle.

La Révolution française

Jusqu’à la contestation de Furet, l’interprétation marxiste de la Révolution française exerce une large hégémonie dans l’université. Après Aulard (1849-1928) et Mathiez (1874-1932), Georges Lefebvre (1874-1959), ouvertement marxiste, puis Albert Soboul (1914-1982), communiste, symbolisent cette hégémonie. Certes, il est heureusement possible de lire des histoires de la Révolution qui s’échappent du schéma marxiste qui voit dans la lutte des classes son principal moteur. Citons seulement pour mémoire la monumentale étude de Taine Les origines de la France contemporaine (1875-1893) ou La Révolution française de Pierre Gaxotte (1928) qui fut un événement et continua à être rééditée jusqu’à aujourd’hui. Il n’empêche que l’histoire officielle, celle qui est enseignée dans les facultés, est longtemps restée imprégnée par le marxisme. « Ainsi s’est constituée, écrit Furet, au niveau de l’interprétation de la Révolution française, une sorte de vulgate lénino-populiste, dont le Précis de Soboul est sans doute le meilleur exemple, et dont les canons semblent d’autant plus fortement établis qu’ils annexent en renfort toute l’historiographie “de gauche” de la Révolution, de Jaurès à Georges Lefebvre. Malheur à qui s’en écarte, car du coup il trahit Danton et Jaurès, Robespierre et Mathiez, Jacques Roux et Soboul. Dans cet amalgame extravagant, qui est à peine forcé, on reconnaîtra l’esprit manichéen, sectaire et conservateur d’une historiographie qui substitue le jugement de valeur au concept, la finalité à la causalité, l’argument d’autorité à la discussion » (1).
Furet ne tient pas en grande estime La Révolution française de Gaxotte à 
Page 1 sur 3 1 2 3 »