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Hainard, le génie de la nature

Falk Van Gaver

Source : La Nef n°184 de Juillet-Août 2007
Robert Hainard (1906-1999), subtil amant de la vie toute simple, écologiste d’instinct et de raison, est avant tout un immense artiste du réel travaillé par l’éclat de la nature sauvage – fondant sa création sur l’amour de la Création. Son récent centenaire et une belle biographie sont l’occasion de le découvrir.


Né tout début vingtième dans une famille d’artistes anarchisants, le Suisse Robert Hainard reçoit une éducation originale, aussi complète que rigoureuse. Une éducation stoïque qui, avec notamment le Cantique des créatures de saint François d’Assise, comporte aussi sa leçon d’amour, de bonté et de générosité, venue d’une tradition bien chrétienne même si son milieu d’origine ne l’est guère plus.
Caractère entier, il est l’homme d’une seule femme, Germaine Roten, artiste peintre, qu’il courtise dès ses seize ans et épousera plus tard, jusqu’à ce que la mort les sépare. Monogame de principe et de tempérament, il est attaché à l’union, non par convention, mais par volonté de s’engager, de se donner sans retour : « C’est une chose splendide de passer sa vie avec la femme de sa première jeunesse. Je crois qu’un sentiment unique est beaucoup plus fort, plus simple, plus heureux. » Il partage avec elle l’amour des choses, des réalités sensibles et de la vie simple. Toute l’année, il porte le même habillement : pantalons de velours côtelés tenus par des bretelles, vieilles laines, chemises à carreaux aux couleurs de sous-bois, sandales de cuir qu’il ne quitte jamais… pour sa femme et lui, la vraie liberté est fondée sur une discipline stricte, quasi monacale : « Nous devons être riches de peu de besoins. »
« Fais vrai, tu feras beau », telle est sa devise. Peintre, graveur, sculpteur animalier, il ne compose jamais ses images : « Leur composition est affaire entre le Bon Dieu et moi, où il a la meilleure part. Sa part à lui, je ne me permettrais jamais d’y porter la main. Et la mienne n’est que de choisir, parce que je ne peux tout prendre, dans la surabondance de ce qu’il m’offre. » Son œuvre tire puissance de son enracinement dans la Création, la nature sauvage, « le monde tel qu’il est sorti des mains du Créateur ». Spontané, le trait de Robert Hainard est aussi le fruit d’une longue maturation, mélange étroit d’observation et de création. Pendant des décennies, il court les étendues sauvages d’Europe et veille d’innombrables nuits à la belle étoile pour, avec son crayon, saisir l’insaisissable et l’offrir en retour par son art, montrant au public une nature à la fois plus sauvage et plus familière. Son regard redécouvre les choses, les surprend à l’état vierge. Pour lui, le but de l’art est de s’emparer de la réalité sans l’altérer : contemplation mystique plutôt que dissection scientifique. Imagier, il pourfendra l’art abstrait, qu’il identifie à la dévitalisation moderne, de ses traits les plus acérés : la négation du réel est l’aliment du nihilisme. Il ne se satisfait pas de « cette carcasse de monde reconstruit et abstrait », ce monde appauvri par des schémas dont se contentent trop les foules : « Ayant perdu la foi en une réalité extérieure solide, les hommes sont isolés, il n’y a plus d’arbitre ni de lien entre eux. Ils se retranchent dans des expériences intransmissibles, perdent tout espoir de comprendre et de se comprendre entre eux. »

Défendre les espèces menacées

Dès les années vingt, il prend une part importante dans le courant naissant de la protection de la nature, qui vise à préserver des espèces menacées par la transformation de leurs territoires sauvages en réserves naturelles. Il participe aux premières réintroductions d’animaux sauvages, et s’engage dans les mouvements de défense des terroirs et de sauvegarde des sauvageries, comme en 1951 avec l’écrivain chrétien Maurice Chappaz lorsque la normalisation techno-industrielle menace le vieux Valais : « J’avais tout de suite compris que la 
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