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Humeur de rentrée

Contre Culture

Jacques de Guillebon

Source :La Nef n°185 de septembre 2007
C’est promis, une dernière fois, et ensuite on n’en parlera plus ! Allez, juste une dernière ! Passe-nous ça, s’il te plaît, lecteur (faut nous excuser, depuis Baudelaire, on n’a plus d’autre choix que de vous tutoyer). Une ultime mise au point, pour finir sur ce qui fut le marronnier de l’année, ce si fumeux « communautarisme catholique ».
C’est drôle, on n’a jamais parlé autant de quelque chose qui n’existe pas, depuis le monstre du Loch Ness. C’est ce qu’on appelle un serpent de mer, je crois, sauf que celui-ci, dans l’expression, est destiné à advenir un jour, à l’inverse du « communautarisme catho », qui, lui, est promis à un bel avenir dans ces poubelles de l’histoire d’où il n’aurait jamais dû sortir.
Petite mise en garde : il n’y a rien de mieux pour vous fâcher avec vos amis, même les plus proches quelquefois, rien de plus sûr non plus pour blesser à mort l’éditorialiste du journal « catho tradi » d’en face que d’« en » parler de ce communautarisme qui n’existe pas. C’est tout juste si l’on a réussi à y échapper, réfugiés dans nos montagnes corses. Paraît qu’il y a des plages réservées au foulard Hermès et à la jupe en laine, maintenant, sur la côte bretonne, comme un roman de chez Jourde (1).
Mais c’est amusant, tout de même, admettez : on rentre peinard de vacances pas trop reposantes parce que pleines de trop de braillards (mais vous vous en fichez), et voilà que, six mois après avoir publié un article s’élevant contre la concrétion embryonnaire d’où pourrait naître un pernicieux ghetto catholique, l’on se fait traiter par un sociologue royaliste désinformé, talentueux garçon au demeurant, de « communautariste national-catholique ». Au même moment, le dernier quotidien représentatif de cette même tendance vous allume au contraire pour anti-communautarisme. Allez-y comprendre quelque chose. Moi, ce n’est plus grand’chose.

Laissons les morts

Au moins, ce petit lièvre levé aura eu pour effet de montrer que, si peut-être il n’existe pas de communautarisme, au moins il y a un mimétisme catholique. Car, depuis le début de l’année, chacun de s’emparer de la polémique et de débusquer l’ennemi qui sommeillait, enfoui tel le loir, chez Jules-de-chez-Smith-en-face, et qu’on n’avait pas vu auparavant.
La principale déception de l’empoignade fut que s’y prouva une fois encore que toute mystique rapidement dégénère en politique, si l’on n’y prend garde. En effet, que l’on ait été pour ou contre le repli, le ghetto, la communauté fermée, le corps intermédiaire ou que sait-on, en effet si l’on est allé en référer à saint Thomas, invoquer Lubac et convoquer Maritain, arguant de la vie réelle de la grâce avec, par-dessus, en même temps que ou malgré la nature, n’était-ce pas à chaque fois, finalement, dans une visée prosaïque de reconquête du pouvoir pour ce qu’il a de plus rapace ?
Alors que nous aurions pu laisser les morts s’enterrer eux-mêmes, nous qui savons que, fils et hommes libres, nous payons les deux drachmes réclamées par les gardiens du Temple de ce monde afin seulement de ne les point scandaliser, non, il a fallu entrer en politique, et par la petite porte en plus, il a fallu singer le raisonnement théologique pour justifier des appétits de puissance. Certes, tout chrétien peut s’engager dans la vie publique. Mais, nous ! Nous qui disions que le pouvoir séculier ou temporel n’était pas pour nous intéresser ni nous attirer, peut-être avons-nous oublié dans cette bataille que là n’est pas notre destinée, que nous avons des ailes d’abord pour ailleurs. Peut-être ne nous rappelions-nous plus que, si nous cherchons Dieu, le surcroît suivra.
Alors, adieu communautés, repli, ghetto. Bonjour, divine largesse.

(1) Si ce n’est fait, il faut absolument, ô lecteur, lire ces Carnets d’un voyageur zoulou dans les banlieues en feu, (Gallimard), qui renvoient Voltaire à ses chères études.