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Huysmans : du naturalisme au catholicisme

Michel Toda

Source :La Nef n°183 de Juin 2007
Talentueux grognon qui n’aurait su que romancer ses expériences en les déléguant à des sosies pour certains, génie du style décadentiste pour d’autres, J.-K. Huysmans (1848-1907) occupe une place de choix dans la littérature française moderne. Un siècle après sa mort, retour sur la vie d’un converti.


Longtemps domicilié au 11 de la rue de Sèvres, à Paris, Joris-Karl (Charles-Marie-Georges sur l’acte de naissance) Huysmans, fils d’un enlumineur, originaire de Breda, et d’une demoiselle Badin, habitait au cinquième étage d’un bâtiment sans style jouxtant l’ancienne maison conventuelle des Prémontrés du faubourg Saint-Germain (maison où sa mère, veuve puis remariée, vint se loger, et où s’écoula, au-dessus de l’atelier de brochage qu’elle avait monté, l’enfance et l’adolescence de l’écrivain), un petit appartement avec balcon qui a été souvent et diversement décrit. « Le sacré et le profane y voisinaient, se souviendra Lucien Descaves, puisqu’on y trouvait, à côté de gravures de Félicien Rops et d’Odilon Redon se détachant sur les murs tendus d’andrinople, une chasuble jetée sur un meuble, un ostensoir et un missel dénichés sur les quais » (1). Et des livres, des livres, beaucoup de livres... Mais Jean-Jacques Brousson, le caustique secrétaire d’Anatole France, s’étant un jour aventuré là, ne vit que d’humbles bouquins pressés sur des rayons de bois blanc, et point de raretés. Quant à l’ostensoir dédoré dont s’ornait, entre des touffes de branches vertes, la cheminée de la salle à manger, il laissait tristement apparaître, dans cette pièce à l’odeur de moisi, « la supercherie du cuivre » (2). En tout cas, une chose est sûre. Sa garçonnière étroite et encombrée, au cœur de ce havre à demi provincial de la rive gauche, Huysmans la chérissait. Que de douces veilles il devait passer, sous sa lampe, et son chat ronronnant alentour, à lire, à écrire, aussi à griller des cigarettes, tandis qu’au dehors la bise sifflait ou que la pluie battait les persiennes !
Ne nous méprenons pas, toutefois. L’homme qui, en 1896, après sa première étape vers la conversion donc, déclarait au critique d’art Gustave Coquiot, son futur biographe (3) : « La société ? Elle me dégoûte profondément. Les classes dirigeantes me répugnent et les classes dirigées m’horripilent », n’avait rien d’un joyeux drille, d’un gai luron. Très tôt, en sa qualité de célibataire dyspeptique, il s’était fixé dans le pessimisme, installé dans la misanthropie. « À la lettre, rapporte Léon Daudet, qui le rencontra aux dimanches après-midi du « grenier » Goncourt, il vomissait son siècle et le parcourait frileusement, comme un écorché vif, souffrant des contacts, des atmosphères, de la sottise ambiante, de la banalité et de l’originalité feinte, de l’anticléricalisme et du bigotisme, de l’architecture des ingénieurs et de la sculpture “bien pensante”, de la Tour Eiffel et de l’imagerie religieuse du quartier Saint-Sulpice » (4). Note similaire chez Rosny aîné : « Jamais écrivain, remarque celui-ci, n’usa aussi abondamment du terme salaud : “Ah ! le salaud !… les salauds !… quels salauds !” Cela revenait en litanie dans toutes ses phrases... Parfois, cependant, il riait, d’un rire sec, presque lugubre, avec un grimacement indéfinissable, que je n’ai vu qu’à lui » (5).

Scribe de ministère

Entré comme scribe au ministère de l’Intérieur, où il resta (« employé ponctuel, mais emmagasinant une trôlée de récriminations ») plus de trente ans, et où l’on en fit à la longue un sous-chef de bureau pour qu’il occupât seul un cabinet de travail dans lequel il pourra assez facilement recevoir et vaquer à son œuvre, Huysmans avait débuté en littérature par l’insignifiant Drageoir aux épices, qui est de 1874. Suivirent Marthe, en 1876, histoire d’une prostituée, et, en 1879, les Sœurs Vatard, roman dédié à Émile Zola. Car Huysmans, admirateur éperdu de l’Assommoir, récemment publié, et prochain collaborateur (avec 
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