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Impasse à Kaboul

Professeur Hervé Coutau-Bégarie

Source :La Nef n°211 de janvier 2010
Point sur la situation en Afghanistan après la décision du président Obama d’y envoyer des troupes supplémentaires.

Le président Obama a fini par trancher : il a accordé au général McChrystal les 30 000 hommes de renfort qu’il avait demandés. Les généraux américains espèrent ainsi reprendre l’initiative face aux talibans, à la manière de ce qui s’est passé en Irak durant la dernière année de la présidence de George W. Bush avec le surge, ouvrant ainsi la voie à une prise en charge de leur sécurité par les Afghans eux-mêmes. En 2011-2012, le désengagement d’Afghanistan pourrait commencer.

Une telle décision met fin à des mois de tergiversations qui traduisent bien le désarroi et l’inquiétude des dirigeants américains face à une dégradation de moins en moins niable de la situation. Le secrétaire général de l’OTAN ne peut plus, comme il y a 18 mois, proclamer : « Nous sommes en train de gagner en Afghanistan ». L’agressivité croissante des talibans n’est pas niable et la pacification est plus que jamais aléatoire. Des provinces entières sont gagnées par l’insécurité et la légitimité du gouvernement d’Ahmid Karzaï est plus que jamais douteuse après le simulacre des élections présidentielles. Il ne se maintient au pouvoir que parce que les Américains, qui l’ont installé, n’ont pas de solution de rechange à proposer. Mais tout le monde sait que son administration est corrompue, son frère gouverneur de province est ouvertement désigné comme l’un des barons de l’opium et l’armée afghane n’a aucune consistance, avec un taux de désertion parmi les soldats qui approche 30 %.

Face à une telle situation, la réaction spontanée des militaires américains a été de réclamer un renforcement de leurs moyens. Mais les très longues hésitations qui ont précédé la décision du président Obama montrent bien que tout le monde n’était pas convaincu du bien-fondé de la solution. Celle-ci rappelle furieusement l’attitude du général Westmoreland au Vietnam qui, après l’offensive du Têt en 1968, réclamait 200 000 hommes supplémentaires, sans comprendre que ce qui était en jeu était moins un problème de moyens qu’un problème de stratégie. L’histoire semble se répéter, avec les mêmes erreurs initiales qui aboutissent logiquement au même résultat.

L’historien pourrait rappeler une donnée de base : d’Alexandre le Grand au colonisateur britannique, tous les grands conquérants ont essayé de soumettre l’Afghanistan et aucun n’y a jamais durablement réussi. Les Soviétiques, pourtant peu regardants sur les méthodes, s’y sont cassé les dents. On a du mal à concevoir que des sociétés occidentales profondément démilitarisées, hypersensibles aux pertes, puissent réussir, là où tous leurs prédécesseurs ont échoué. Certes, l’armée de la coalition dispose d’une panoplie formidable de moyens, notamment d’un appui aérien impressionnant, mais cette panoplie n’est guère adaptée à la traque de combattants très rustiques, très mobiles, très endurants, qui se fondent dans le paysage et qui n’ont pas peur de la mort. Surtout cette supériorité technique se double d’une méconnaissance absolue de l’environnement. Pratiquement personne ne parle pachtoun ou ouzbek. Comment dès lors établir le moindre contact avec la population, alors que c’est le préalable à toute pacification ? La plupart des soldats de la coalition en poste en Afghanistan tournent tous les six mois et ne sortent pratiquement jamais de leurs grandes bases, ils n’ont aucun contact avec les Afghans. Ils constituent un corps étranger qui suscite logiquement une réaction de rejet.

Celle-ci déborde largement du cercle des talibans qui ne sont que quelques milliers. L’un des chefs historiques de la résistance contre les Soviétiques, Amin Wardak, l’a dit récemment avec brutalité : « Si la démocratie c’est ouvrir des portes à coup de pieds, que les chiens militaires mordent les enfants et que les femmes soient fouillées par des hommes, 
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