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Ingrid Bétancourt : le retour de Dieu !

Pierre-Olivier Arduin


Source : La Nef n°196 de septembre 2008
Après un long calvaire de six années, Ingrid Bétancourt a été libérée au début de l’été après un audacieux exploit d’un commando des forces spéciales colombiennes. Sa détention l’a ramenée vers Dieu et elle ne s’en est pas cachée. Elle devait être reçue par Benoît XVI le 1er septembre à Castelgandolfo. Retour sur un étonnant cheminement spirituel.

L’image a crevé les écrans, ses paroles ont fait le tour du monde de nos modernes aréopages. Le 2 juillet, sur le tarmac d’une base militaire colombienne, Ingrid Bétancourt trace sur elle le signe de la Croix. À genoux, le visage fatigué mais apaisé, entourée de ses compagnons de captivité, sa mère à ses côtés, elle enserre son chapelet de fortune dans ses mains jointes, se laissant guider par la prière d’un prêtre venu exprès les accueillir. La plus célèbre des otages, tombée dans les griffes des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), appelle chacun à se joindre à elle « pour remercier Dieu ». « Notre libération est un miracle de la Vierge ».
L’ex-sénatrice franco-colombienne n’oublie pas non plus après ces six longues années de geôle de remercier chaleureusement le président Alvaro Uribe et les « soldats de la Colombie ». Héros d’un fait d’armes qui demeurera comme un morceau d’anthologie de l’histoire militaire. Il faut lire le récit époustouflant qui détaille la préparation minutieuse des services secrets de Bogota et l’exploit final du commando des forces spéciales. Tout « repose sur un coup de génie : le montage d’une fausse opération humanitaire » (1) qui va se jouer comme d’un enfant du plus redoutable des chefs marxistes des Farc, Gerardo Aguilar, dit César.
Le président Uribe, dans une conférence de presse mémorable, déclare devant les journalistes du monde entier que « cette opération s’est déroulée à la lumière du Saint-Esprit et a été placée sous la protection de Notre Seigneur et de la Vierge ; c’est une opération d’intelligence comparable aux plus grandes épopées épiques de l’histoire de l’humanité ». Difficile en effet de ne pas repenser au célèbre cheval de Troie. Ou à la berlue infligée par Yahvé aux habitants de Sodome.
Dieu agit également avec puissance dans le cœur d’Ingrid Bétancourt. Puisant dans sa lecture quotidienne des Écritures – la « Bible est mon seul luxe », avouera-t-elle dans une lettre publiée en décembre dernier – elle sort victorieuse d’un adversaire redoutable qui instille un poison pernicieux dans son esprit : la haine envers ses bourreaux. La parole de Dieu lui apprend à pardonner. En voyant son tortionnaire, César, enfin maîtrisé sur le plancher de l’hélicoptère où elle s’envole vers la liberté, elle ne cache pas « avoir eu de la pitié pour lui, parce qu’il faut respecter la vie de ses ennemis ». Dans la jungle, elle approfondit également la figure de la Vierge Marie qui nourrit sa prière personnelle et lui inspire cet émouvant rendez-vous marial qu’elle donne chaque samedi à ses proches à travers la méditation du chapelet. « Lorsque Ingrid sera libérée, notre premier voyage sera à Lourdes », avait assuré sa mère en 2005. Promesse tenue le 13 juillet en cette année jubilaire du 150e anniversaire des apparitions de l’Immaculée conception. Enfin, elle va mûrir sa dévotion envers le Sacré-Cœur. Alors qu’elle briguait la plus haute charge de son pays en 2002, elle se souvient que son père l’avait confié au Cœur de Jésus. Début juin, elle tombe sur une émission radio où elle apprend que ce mois lui est spécialement dédié. « Mon Jésus, je ne sais pas ce que cela signifie exactement “se consacrer au Sacré-Cœur” mais si tu m’annonces qu’au cours de ce mois qui est ton mois je vais être libérée, je serai toute à toi » (2).
Quelques jours plus tard, l’impossible se produit. Et de retour dans sa « douce France », elle assistera à la messe du soir en la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre. Depuis, Ingrid Bétancourt n’a eu de cesse de témoigner publiquement de sa foi, enfreignant les codes du 
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