Il existe déjà une centaine de films sur Jésus. Pourquoi un de plus ?
Je ne pense pas que l’histoire de Jésus ait jamais été dite comme elle le devrait. Les films qui ont été réalisés ne sont pas vraiment conformes à la réalité ; il y manque la précision enseignée par l’Évangile et la précision historique – pas seulement celle relative au désordre politique de l’époque mais aussi celle liée à la mesure qu’a pris le sacrifice et la torture du Christ. Ces détails sont pourtant bien présents, ils indiquent le niveau de cruauté de la Passion du Christ. Je ne recommanderais jamais à un enfant de moins de douze ans d’aller voir ce film car il est dur. Mais en revanche, il me semble qu’une personne qui fait la démarche de voir le film en entier devrait être touchée et profondément changée. C’est là, en tout cas mon objectif.
Pourquoi vous êtes-vous restreint aux seules dernières douze heures de la vie du Christ ?
Ces dernières heures sont vraiment le sommet du sacrifice, beaucoup de choses se sont accomplies durant cette dernière période. Retranscrire cela en un film, est une tâche quasi impossible, et c’est pour cette raison que j’ai utilisé de nombreux flash-back sur des scènes antérieures de la vie du Christ pour suggérer et rappeler l’origine et la signification de tout cela. Par exemple, j’ai souvent fait allusion à la dernière Cène, je voulais juxtaposer le Sacrifice de la croix avec le Sacrifice de l’autel, ce qui est, en fait, la même chose. Je me suis servi des yeux de saint Jean pour faire le rapprochement entre les deux.
D’où vous est venue cette passion pour la « Passion » ?
Tout cela a commencé il y a douze ou treize ans, j’avais entre 34 et 35 ans, à l’époque ; il s’agissait d’une période de ma vie durant laquelle je me suis posé des questions, notamment sur le sens de mon existence. Je me suis ainsi mis à lire certains livres, à commencer par l’Ancien et le Nouveau Testament. Un de mes atouts est que j’ai un don pour l’imagination ; à travers ces lectures j’essayais de me représenter tels ou tels épisodes. Je me suis pour cela aussi beaucoup inspiré des écrits d’Anne-Catherine Emmerich.
Pourquoi avoir choisi d’être aussi cru ? Cela ne nuit-il pas à l’imagination que l’on peut y appliquer ?
Non, je crois qu’il est nécessaire de montrer la souffrance du Christ dans toute son intensité possible pour que le téléspectateur souffre avec Lui. C’est une étape absolument nécessaire. Ce que je recherche avant tout est une plus grande compréhension de cet événement. Cependant, bien évidemment, il n’est pas possible de tout montrer, cela ne serait pas supportable ; mais si l’on ne voit pas chaque clou ou chaque coup de fouet, on sait quand ils ont lieu et l’intensité n’en est pas moins forte.
Lorsqu’un acteur ayant reçu de nombreux honneurs se lance dans un nouveau projet de film, les critiques sont le plus souvent très élogieuses. Votre film, en revanche, ne reçoit pas ce genre d’accueil. On entend ainsi parler du « plus étrange projet d’Hollywood ayant été réalisé ». Pourquoi une telle réception ?
Rien dans ce film n’est dit dans un langage qu’ils comprennent, et, à vrai dire le contenu en est même dangereux. La Passion du Christ est très certainement l’événement qui a le plus bouleversé toute la civilisation. Beaucoup de gens ne sont pas prêts à accepter les enjeux et l’ampleur d’un tel sacrifice. Qu’ils le sachent ou non, la Passion du Christ a influencé l’existence de chacun de nous. Il y a dans le monde le bien et le mal et quiconque veut raconter une histoire de cette intensité sur la nature du bien et du mal s’attire inévitablement les foudres de ceux qui sont attirés par le mal et par le mal lui-même. Je crois vraiment que ce projet est voulu par Dieu ; plusieurs fois de petites anecdotes assez troublantes se sont produites. Par exemple je suis tombé par hasard sur un livre