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Islam : le débat est ouvert

Christophe Geffroy

Source :La Nef n°194 de juin 2008
L’éditorial et le dossier du numéro de mars sur l’Islam ont suscité de nombreuses
réactions fort intéressantes. Dans le monde catholique français contemporain, l’Islam est
très souvent perçu comme l’adversaire le plus dangereux du moment. Que faut-il en penser ? Nous ouvrons une enquête sur cette question en commençant ici par poser les éléments du débat, puis nous publierons à partir du mois prochain – l’enquête se poursuivra sur plusieurs numéros – les réponses de personnalités que nous avons sollicitées, dont Mgr Sleiman,
Rémi Brague, Dominique et Marie-Thérèse Urvoy, Jean-Pierre Péroncel-Hugoz,
les pères Michel Lelong et François Jourdan, etc.


Dans le numéro de mars dernier, notre dossier était consacré au thème « Islam et christianisme ». Dans l’éditorial de ce même numéro, je posais la question : l’Islam est-il « le nouvel ennemi n°1 ? », a-t-il remplacé le communisme dans ce rôle (1) ? À en juger par vos nombreuses lettres, ce sujet passionne et nombreux ont été ceux qui nous ont demandé d’aller plus loin et de les éclairer. Bernard Antony a marqué son net désaccord et m’a proposé un débat sur Radio-Courtoisie qui a eu lieu fin mars et qui, m’a-t-il semblé, a été à la fois sans concession et fort courtois comme devrait l’être tout débat d’idées. Je tiens ici à le remercier, car ce genre d’échanges n’est pas si fréquent. Il a résumé ses objections à mon éditorial dans un article de sa revue Reconquête (2).
Sur quoi portent nos divergences ?
Bernard Antony insiste d’abord sur l’opposition historique entre l’Islam et l’Europe chrétienne : « la vérité, tout de même, c’est que l’islam a bien été souvent dans notre histoire cet ennemi n°1 ». Cela est vrai, non pas pour la France elle-même, mais pour une grande partie de l’Europe. Mais l’Angleterre a aussi été longtemps une menace pour l’existence même de la France (jadis bien plus que l’Islam), cela ne fait pas de l’Angleterre un ennemi par principe. Certes, il y a dans l’Islam une dimension conquérante qui ne recule pas devant la violence – il est en soi normal qu’une religion prétendant détenir la vérité cherche à s’imposer universellement, le problème réside dans les moyens usités. De plus, les musulmans, quand ils sont minoritaires, savent fort bien composer, alors qu’ils laissent peu de liberté aux non-musulmans dès qu’ils détiennent le pouvoir. Cela n’en fait pas un système totalitaire au sens classique du terme.
Ces considérations, cependant, tendent à mélanger l’islam en tant que religion et l’Islam en tant que civilisation avec son système politico-religieux. Or, les hostilités entre deux civilisations voisines – la chrétienne et la musulmanne – se disputant des territoires communs sont chose courante dans l’histoire de l’humanité. L’Empire turc a longtemps dominé une partie de l’Europe du sud-est, mais l’Occident a de son côté peu à peu repris le dessus vers le xviie siècle jusqu’à dominer totalement le monde musulman au xixe et xxe siècle – son occupation par la colonisation a été une défaite totale et humiliante. Il me semble important de s’interroger sur les causes de ce déclin, car il permet de mieux comprendre la mentalité musulmane actuelle. En effet, face à la suprématie occidentale, écrasante aux xixe-xxe siècle (jusqu’à la décolonisation), l’Islam, persuadé de sa supériorité sur les Juifs et les chrétiens, a refusé d’admettre que son adversaire pouvait avoir les clés de son propre développement. Ces tentatives de redressement dans les domaines politique, militaire et économique ont ainsi été de cinglants échecs. Aujourd’hui encore, les pays musulmans demeurent en retard dans ces domaines. Cela a engendré rancœur et jalousie contre l’Occident (3).

Une émanation du diable ?

La question est posée ensuite de savoir si les musulmans peuvent être porteurs de véritables valeurs spirituelles comme je l’avais affirmé dans mon éditorial. 
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