Depuis la chute du mur de Berlin, le problème de l’islam a pris de telles proportions que beaucoup voient en lui le nouvel ennemi n°1, remplaçant ainsi le communisme dans ce rôle. Durant la guerre froide, le communisme était un ennemi bien réel et facilement identifiable – c’est presque rassurant d’avoir un ennemi ainsi reconnaissable ! Aujourd’hui, est-ce le cas de l’islam, a-t-il pris le relais du communisme ? La réponse me semble négative.
Certes, l’islam est assurément un danger pour nous en raison de sa présence croissante en Europe et de son esprit conquérant qui se manifeste, pour ses membres les plus violents, par le recours au terrorisme. Il serait donc temps de cesser l’irénisme habituel en la matière et d’être conscient que l’islamisme, s’il n’est pas tout l’islam, fait partie intégrante de la réalité de l’islam. Tant qu’il n’y aura pas eu une révolution rouvrant les portes de l’itjihad – c’est-à-dire de l’interprétation du Coran – closes depuis le xe siècle, l’islam restera une religion potentiellement violente et agressive. Cette agressivité est exacerbée par le fait que l’islam est totalement dépassé par l’Occident depuis au moins deux à trois siècles et se sent donc humilié par un adversaire qu’il pensait devoir toujours dominer en tant que dernière religion révélée. L’humiliation est également provoquée par la présence et les victoires d’Israël, considéré comme un cheval de Troie de l’Occident en terre d’islam.
Ce danger bien réel ne fait cependant pas de l’islam un ennemi par principe comme pouvait l’être le communisme avec lequel aucune collaboration n’était possible.
D’abord, parce que l’islam n’est pas « intrinsèquement pervers » (1) comme l’était le communisme. Aucun des régimes islamistes connus ne s’apparente au totalitarisme dans le sens donné à ce mot depuis les sinistres expériences communiste et nazi. Il n’est pas un matérialisme, une froide construction abstraite de la Raison, mais il repose sur une Foi en un Dieu créateur qui limite le pouvoir de l’homme. Certes, l’islam ignore la liberté religieuse et certains régimes musulmans sont gravement oppressifs pour les minorités non musulmanes. Cela n’en fait pas un totalitarisme, système caractérisé notamment par l’élimination de masse et la déportation de ses adversaires (2). À l’échelle de l’humanité, c’est un monothéisme qui peut être porteur de véritables valeurs spirituelles et, à condition d’être fort et ferme, l’histoire a montré que l’on pouvait cohabiter pacifiquement avec lui : ce qui est dramatique avec l’islam, c’est la faiblesse, car alors, son côté naturellement conquérant le pousse à dominer celui qui montre des signes d’infériorité. Autant le message de l’Église sur le communisme est totalement négatif, sans appel, autant son enseignement sur l’islam invite au dialogue dans la vérité – aucun catholique ne peut ignorer là-dessus le Magistère de Vatican II, de Jean-Paul II et Benoît XVI. Première différence essentielle avec le communisme.
Seconde différence, l’islam existe depuis treize siècles et est appelé à demeurer – au moins dans les pays musulmans : quoi qu’il arrive, il restera donc à l’échelle planétaire un partenaire incontournable de nos nations occidentales avec lequel il va falloir forcément cohabiter (chrétiens et musulmans représentent 40 % de la population mondiale, ils sont condamnés à s’entendre pour maintenir la paix dans le monde). Il est donc juste et nécessaire d’établir un dialogue sérieux avec lui – au moins pour manifester une connaissance et un respect mutuel minimum – mais sans concession, ni irénisme ni indifférentisme. De plus, n’oublions pas que la France a des relations d’amitié anciennes avec nombre de pays musulmans et que ces amitiés sont essentielles d’un point de vue géopolitique.
Enfin – troisième point –, l’islam n’est pas un danger en tant que tel, il n’est une menace que parce qu’il est fort de notre propre faiblesse, il ne faut jamais l’oublier.