Dans sa dernière livraison sur l’évolution de l’avortement en France, la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DRESS) révèle que l’IVG « médicamenteuse » a désormais supplanté la méthode chirurgicale et connaît une montée en charge inédite en médecine de ville.
Avec 222 800 interruptions volontaires de grossesse pratiquées en 2008 et 222 100 en 2009, les experts de la DRESS se félicitent que le nombre d’IVG soit stabilisé après la hausse enregistrée entre 2001 et 2006 (1). On peut lire autrement ces chiffres en concluant que l’avortement s’est installé durablement dans le paysage français avec un nombre d’actes annuels plafonnant à des niveaux très élevés. Le taux de recours à l’IVG concerne ainsi 15 femmes âgées de 15 à 49 ans pour mille tant en 2008 qu’en 2009, très largement au-dessus de celui de l’Allemagne proche de 6 IVG pour mille. La DRESS fait état de statistiques très inquiétantes chez les 20-29 ans avec respectivement des taux de 22 IVG pour mille dans la tranche des 20-24 ans et 27 pour mille dans celle des 25-29 ans (un taux proche de la moyenne observée en Bulgarie !), alors même que selon le dernier baromètre santé 2010, plus de 91 % de cette frange de la population utilise une méthode contraceptive « moderne ». Des chiffres alarmants qui expliquent que 4 Françaises sur 10 connaîtront cette épreuve au moins une fois dans leur vie féconde. Pour l’inspectrice générale de la santé, Claire Aubin, il est temps pourtant que les pouvoirs publics dédramatisent la situation et considèrent l’IVG « non comme une exception qu’il faudrait réduire mais comme une donnée structurelle de la vie sexuelle et reproductive des Françaises » (2).
L’autre révélation importante de cette étude est la part sans précédent prise par l’IVG dite médicamenteuse dans le nombre total des avortements. Autorisée depuis 1988 en établissement de santé public ou privé, elle a été multipliée par deux entre 1992 et 1998, puis a encore doublé entre 1998 et 2004 pour constituer quasiment la moitié des avortements en France en 2006. Pour la première fois en 2009, la pilule abortive RU-486, mise au point dans les années 80 par le professeur Étienne-Emile Beaulieu, supplante la méthode chirurgicale (108 247 IVG médicamenteuses contre 101 021 IVG « classiques » en métropole).
Cette tendance lourde permet de comprendre pourquoi au cœur de l’été l’Assemblée nationale, de concert avec le Sénat, ont modifié en catimini la loi hospitalière du 21 juillet 2009 pour autoriser les sages-femmes à pratiquer « expérimentalement » des IVG médicamenteuses (3). La loi Bachelot portant réforme de l’hôpital et relative aux patients, à la santé et aux territoires (HPST) avait à l’époque prévu cette disposition qui, on s’en souvient, fut annulée par le Conseil constitutionnel pour vice de forme, en l’occurrence parce que la durée de la phase expérimentale ne figurait pas dans le texte. Avec le soutien appuyé de la gauche et contre l’avis du gouvernement de leur propre majorité – à croire que cela devient une habitude en matière de bioéthique pour certains parlementaires de la droite ! –, les députés Bérengère Poletti et Valérie Boyer (UMP) sont parvenues à faire adopter un amendement qui réintroduit le même dispositif, mais en prenant soin cette fois-ci de préciser que la période d’observation s’étalera sur deux ans. L’idée est on ne peut plus simple : il s’agit de réquisitionner les sages-femmes pour faire face à l’emballement actuel de la demande d’IVG par RU-486, les médecins n’y suffisant plus. Une « avancée » qui réjouit le professeur Nisand qui se targue d’avoir fait de son service de gynécologie à Strasbourg un modèle du genre : 95 % des avortements qui y sont pratiqués sont médicamenteux, parfois même au-delà du délai réglementaire de 7 semaines de grossesse !
En outre, depuis que cette méthode a été autorisée en cabinet de ville en 2004, on note qu’une IVG