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Jalons pour « une réforme de la réforme »

Christophe Geffroy

Source :La Nef n°120 d'Octobre 2001
Editorial

Le dernier livre du cardinal Ratzinger, L’Esprit de la liturgie (1), va paraître en français fin octobre. Lors de sa sortie en Allemagne il y a un an et demi, il a été l’objet d’un vif débat. Le sera-t-il en France où les questions liturgiques ont encore bien du mal à s’élever sereinement au niveau d’un débat de fond ? Il faut l’espérer, car l’essai du cardinal Ratzinger analyse avec force les principales raisons de la crise liturgique qui touche le rite romain depuis sa réforme de 1969. Depuis La Célébration de la Foi, paru en France chez Téqui en 1985, c’est la première fois que le préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi consacre tout un livre aux aspects controversés de la réforme liturgique. La continuité de la pensée entre ces deux ouvrages est au reste remarquable.
Les ouvrages du cardinal Ratzinger dérangent bien souvent le ronron du conformisme ambiant, car chez lui la langue de bois n’est pas de mise. Pour lui, « la problématique d’une grande partie de la science liturgique moderne » vient « de sa tendance à considérer l’antiquité chrétienne comme seule source et seule norme, rejetant comme décadent tout ce qui s’est développé par la suite, au Moyen Age et à partir du concile de Trente. De là, poursuit-il, ces reconstitutions douteuses des pratiques anciennes, ces critères fluctuants, ces réformes jamais pleinement satisfaisantes et sans cesse recommencées – avec pour résultat la désintégration de la liturgie dont le développement avait été jusque là vivant et homogène ».
Si l’ouvrage aborde de multiples aspects – l’essence de la liturgie, l’orientation de la prière liturgique, la question des images, la musique, la participation, les attitudes corporelles, etc. –, il le fait toujours avec science, mesure et sagesse. En effet, la critique est parfois sévère, mais elle n’aboutit pas à une remise en cause radicale de la réforme liturgique : le cardinal est précisément soucieux d’éviter un nouveau bouleversement liturgique tel que celui qui s’est produit il y a trente ans. Ses objectifs apparaissent à la fois ambitieux à long terme et pragmatiques à court terme.

A court terme d’abord, le cardinal Ratzinger suggère ici ou là des changements faciles à réaliser qui vont tous dans le sens d’une resacralisation. Il insiste par exemple sur l’orientation vers l’Est de la prière liturgique. « Il ne s’agit pas ici d’un élément accidentel de la liturgie mais de l’essentiel », estime le cardinal. Il analyse également ce qu’est la véritable participation et l’importance du silence dans la liturgie, particulièrement pendant le Canon. D’autres suggestions de bon sens sont proposées : cesser toute créativité qui est contraire à l’essence de la liturgie, réintroduire l’agenouillement, respecter l’habit liturgique qui doit souligner la spécificité du prêtre, etc. Ailleurs, il a aussi préconisé une révision des traductions et le maintien d’un minimum de latin dans toute liturgie (2).

A plus long terme, l’ambition du cardinal Ratzinger est explicitée dès l’avant-propos : « Si ce livre pouvait donner naissance à un nouveau “Mouvement liturgique”, ou bien aider à retrouver une manière digne de célébrer la liturgie, aussi bien dans sa forme extérieure que dans les dispositions intérieures qu’elle appelle, l’intention qui a inspiré ce travail serait pleinement réalisée ». On entend souvent parler d’une « réforme de la réforme ». Certes, celle-ci est sans doute souhaitable quant au principe pour viser une meilleure unité liturgique. Néanmoins, il serait utopique de l’envisager à court ou moyen terme. Aujourd’hui, loin d’unifier la liturgie romaine, une « réforme de la réforme » ne ferait qu’aggraver la diversité existante qui dérive déjà vers l’anarchie tant le nouveau rite lui-même donne lieu à une pratique « à la carte ». Concrètement, une telle réforme conduirait à la présence de trois rites romains : celui dit de saint Pie V que nombre 
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