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L'«abolition de l'homme»

entretien

Jean-Marie Le Méné

Source : La Nef N°256 février 2014
Jean-Marie Le Méné est président de la Fondation Jérôme Lejeune et aux avant-postes des combats pro vie. Il nous livre son analyse de la situation actuelle sur ces questions. Un langage fort et de vérité.

La Nef – Depuis l’élection présidentielle, il y a eu une accélération de la « déconstruction » des repères traditionnels par une inflation de lois « sociétales » : pourquoi un tel empressement ?
Jean-Marie Le Méné – Ce serait un peu trop facile de tomber à bras raccourcis sur la gauche, en trouvant un bouc émissaire. Mais sur aucun des sujets que vous citez, la droite n’a de position solide, claire et unifiée, à la différence de la gauche pour laquelle il s’agit de valeurs symboliques de rassemblement. Toutes les transgressions dites sociétales ont été initiées puis votées sous la droite : contraception, divorce, avortement, PMA, tri des embryons, recherche détruisant l’embryon… Ces réformes ont bien sûr été votées avec la complicité de la gauche. Sans oublier la loi Leonetti sur la fin de vie qui comportait bien des failles, anticipatrices de la légalisation de l’euthanasie à venir. Sans oublier le projet d’union civile pour les homosexuels qui était dans les cartons de Nicolas Sarkozy en 2007. Sans oublier l’enseignement du gender mis en place à Sciences Po par Richard Descoings, puis dans les programmes scolaires par Luc Chatel. Heureusement, le pire était parfois évité grâce à l’influence de telle ou telle personne proche de… Aujourd’hui, c’est terminé. La gauche a fait la moisson idéologique de ce qui a été semé en termes de relativisme, de libéralisme, d’utilitarisme, depuis plus de quarante ans par une droite désinvolte sur le plan philosophique. Cela ne l’intéressait pas et ne devait pas impacter le champ politique. On voit le résultat. Le champ politique est devenu un champ de ruines.

La mobilisation contre le « mariage pour tous » a été un événement historique sans précédent et cependant la loi est quand même passée : sur les questions éthiques et anthropologiques, nous ne cessons de dégringoler sans guère de victoire à notre actif, est-il donc impossible de renverser ce mouvement fou ?
Le bilan est contrasté d’une mobilisation populaire très forte qui nous réjouit – contre le « mariage » homosexuel, la recherche sur l’embryon avec « Un de nous » (One of us), la résolution Estrela par exemple –, mais d’une mobilisation faible des autorités politiques et morales qui reste préoccupante parce qu’elle ne permet pas de passer à la vitesse supérieure.
Parmi les trop rares hommes politiques qui ont participé aux rassemblements contre le « mariage » homosexuel, un certain nombre n’envisagent pas d’autre issue que d’appliquer la loi puisqu’elle est désormais votée et avouent même qu’ils ne la changeront pas lors de la prochaine alternance politique. Dans le domaine du respect de la vie, c’est pire : l’encéphalogramme est plat. Éveiller des hommes politiques de l’opposition (à part une poignée et encore) aux urgences dictées par l’actualité dramatique de la culture de mort, dans notre pays, est une mission qui semble impossible. On peut aussi regretter qu’en dehors de quelques prises de positions individuelles admirables, la communication de l’Église de France sur ces questions ne soit pas à la hauteur ni des enjeux, ni des menaces actuelles, ni des exigences du calendrier politique.
Le résultat est un sentiment paradoxal de grande détermination populaire et de divorce entre le peuple et ses élites. Le peuple se sent abandonné sur ces questions fondamentales depuis des dizaines d’années, victime d’une absence de vision stratégique de la part de ceux qui devraient s’opposer à ce qui porte atteinte à la nature humaine dans le domaine de la vie et de la famille, et orphelin de chefs courageux. C’est bien de se féliciter d’avoir manifesté en masse, mais cela, 
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