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L'Afghanistan, la guerre des autres

International

Paul-Marie Coûteaux

Source :La Nef N°219 d'octobre 2010
La guerre que nous faisons en Afghanistan est absurde, qui déploie mois après mois ses épisodes dans l’indifférence générale, même des peuples qui la font – quoi de plus grinçant, ces jours-ci, que ces ahurissantes élections législatives qui n’ont pour principal effet que de redoubler les violences, et finalement d’installer dans une fausse Assemblée nationale des politiciens qui ne voient dans leur mandat qu’immunités et facilités commerciales – tout cela au nom de « l’implantation de la démocratie ». Tout est absurde dans l’affaire, à commencer par le rôle qu’y joue la France (condamné par une majorité de Français, ce qui ne change rien), et par l’absence d’informations, hormis le compte des morts de soldats français (nous en sommes à 47), et les réguliers hommages que les journalistes rendent à certains de leurs confrères retenus en otage, puisqu’il est admis par la corporation que le sort d’un des leurs importe plus que la guerre elle-même.

Seul l’hebdomadaire Minute (du 14/07/10) a commenté les propos d’un des gradés de la DGSE, Alain Chouet, tenus au Sénat, le 21 janvier dernier, lors d’un colloque consacré à Al Qaïda : « Comme bon nombre de mes collègues professionnels, j’estime, sur la base d’informations sérieuses et recoupées, que la Qaïda est morte sur le plan opérationnel, dans les trous à rats de la Tora Bora en 2002. […] Les actions terroristes postérieures au 11 septembre ne sont pas imputables à l’organisation centrale supposément sise en Afghanistan, mais à des groupes locaux tout à fait hors de son contrôle ». Il est de surcroît admis par tous les services du monde que les États-Unis ne veulent nullement capturer Ben Laden – mort ou vif, il importe grandement de ne pas remettre sur la scène cet ancien agent… Sur la participation française, le général Desportes, directeur du Collège Interarmées de Défense, a dit l’essentiel en juin : « C’est une guerre américaine. Quand vous êtes actionnaire à 1 % vous n’avez pas la parole » : pour cette simple évidence, ledit général est sanctionné par le chef d’état-major des armées. Mais qui ne sait que la France ne sert que de supplétif, et, vaguement de caution – de longue date elle a, ou avait, une excellente image dans ce pays…

Or, quel est l’objectif de guerre des États-Unis ? J’en aperçois trois, qui d’ailleurs se combinent, et qui relèguent loin derrière celui qu’affichait l’OTAN : traquer le terrorisme ne tient pas, tout esprit de bon sens se posant inévitablement des questions sur la célérité avec laquelle les États-Unis ont déployé leur armada dans ce pays trois semaines après le 11 septembre ; la menace terroriste se nourrit partout (y compris sur le territoire français) mais en de nombreux autres pays, comme le confirme l’enlèvement de Français au Mali par une prétendue branche d’Al Qaida (en réalité une de ses contrefaçons) ; si l’armée française doit intervenir, c’est bien là, tant il est vrai que la stabilité politique, économique, démographique de l’Afrique importe infiniment plus qu’une guérilla dans les montagnes afghanes.
Le premier but de guerre de Washington est simple : son rôle diminuant partout en Asie, même en Turquie, ou bien encore au Pakistan, l’empire mondial doit, s’il veut rester mondial, avoir une raison pour garder un pied en Asie ; et, si possible, s’installer en son cœur, ces instables montagnes idéalement situées, entre l’Iran à l’Ouest, la Russie au Nord, l’Inde au Sud, la Chine à l’Est…

Deuxième objectif : un empire doit constamment faire la guerre ; raison psychologique d’abord : montrer à l’univers qu’il peut intervenir par les armes où que ce soit ; raisons plus politiques aussi, la guerre étant le meilleur moyen de constituer autour de lui son armada, dénommée « alliance » ; raisons militaires enfin : tout empire doit entretenir avec le plus grand soin ce sur quoi il repose, l’armée, et pour cela l’employer sans répit, l’exercer, 
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