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L'apostolat par l'oraison

Stéphane-Marie Morgain

Source : La Nef n°244 DE JANVIER 2013
Après l’hémorragie des années 1970, la Province d’Avignon-Aquitaine de l’Ordre des Carmes déchaux, connaît un regain des vocations. Le père Stéphane-Marie, prieur de la communauté de Montpellier, nous en explique les raisons et nous rappelle les fondements de la spiritualité carmélitaine.

La Nef – Quelle spiritualité le Carmel propose-t-il aujourd’hui ?
Père Stéphane-Marie
– La réponse instinctive serait : la spiritualité de l’oraison. Mais cette définition ramassée, bien que suffisante en elle-même, doit être spécifiée. L’exercice de l’oraison – entendez le temps précis passé en prière silencieuse – tel que le pratiquait Thérèse d’Avila (1515-1582), s’inscrit dans un large mouvement de quête d’intériorité illustré par la Devotio moderna, qui cherche à répondre à une spiritualité monastique inabordable de par sa forme, sa langue et ses rites, aux « simples fidèles ». Ce sont les Franciscains qui les premiers proposèrent une pratique d’oraison de recueillement. Pensez au Troisième abécédaire de François de Osuna, composé au XVIe siècle, dont l’influence sera décisive pour l’oraison de Thérèse d’Avila. Celle-ci justement applique ces méthodes sur lesquelles viennent se greffer ses expériences christologiques. Ce qu’elle en retire pour elle-même et propose à tous, c’est que l’oraison est essentiellement une rencontre, un dialogue amical avec Dieu présent au centre de l’âme, par la médiation permanente de l’humanité du Christ. C’est la possibilité de cette rencontre cordiale avec Dieu « dont nous savons qu’il nous aime », que propose le Carmel au paysage contemporain souvent perdu dans des paradis artificiels.

Vous êtes un ordre religieux à la fois contemplatif et apostolique : comment l’expliquez-vous ?
Restons avec sainte Thérèse. Dans son ouvrage composé pour les Carmélites de Saint-Joseph d’Avila en 1567, le Chemin de perfection, sainte Thérèse revient au point fondamental de l’enseignement de Jésus : la perfection, c’est accomplir le double commandement de l’amour, l’amour de Dieu et l’amour du prochain. Ces deux aspects d’une même réalité, Thérèse les applique dans l’organisation de la vie des moniales et l’illustre par les figures de Marthe et de Marie. Mais, là où la tradition spirituelle tend à opposer les deux sœurs, Thérèse, au contraire, les unit.
La vie des Frères s’inspire de ce même principe d’unité en le soutenant par la figure du prophète Elie qui ne dissocie pas vie active et vie contemplative. L’exemple de celui « qui brûlait de zèle pour le Seigneur des armées » et maintenait avec une énergie farouche le peuple d’Israël dans la foi au vrai Dieu n’a cessé de tracer sa voie à l’Ordre qui se réclame de lui. En 1275, Nicolas le Français, dans son Ignea Sagitta écrivait : « Les ermites du Mont-Carmel persévéraient longtemps dans la solitude. Mais comme ils prétendaient être assez utiles au prochain pour ne pas se rendre coupables vis-à-vis d’eux-mêmes, quelquefois, ils descendaient de leur ermitage. Ce qu’avec la faucille de la contemplation ils avaient moissonné dans le désert, ils allaient la fouler sur l’aire de la prédication et le semer à large main. »
Depuis les origines, l’Ordre vit de ce fécond rapport entre contemplation et apostolat sans négliger l’un au profit de l’autre.

Comment, au sein de votre couvent à Montpellier, articulez-vous cette double vocation ?
Précisément, en maintenant le lien entre les deux composantes de notre vie. Concrètement, notre vie d’oraison, notre vie communautaire avec son rythme propre déterminent notre apostolat qui transmet, au-delà de notre expérience personnelle, l’héritage de notre tradition spirituelle. Nous faisons oraison, nous enseignons l’oraison thérésienne ; nous essayons d’avancer dans la vie spirituelle, nous accompagnons ceux ou celles qui veulent mettre Dieu au centre de leur vie ; nous faisons des 
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