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L'avenir de l'écrit

Editorial

Source :La Nef n°215 de mai 2010
Nous avons publié le mois dernier une lettre d’une lectrice qui, à ma surprise je dois dire, a suscité de nombreuses réactions – et nous en sommes ravis puisqu’elle concerne votre mensuel. Nous publions ci-contre un échantillon représentatif de ces réactions. De quoi s’agit-il ? Cette lectrice se demandait si le niveau d’exigence de La Nef n’était pas un peu trop élevé : vous avez été unanimes à répondre « non » : Deo gratias ! cela montre bien qu’il existe encore dans ce pays des lecteurs désireux de réfléchir et de ne pas vivre en suivant un « prêt-à-penser » qu’il n’y a qu’à ingurgiter puis répéter. Ce choix éditorial, qui a toujours été le nôtre, justifie qu’il puisse y avoir de légères divergences entre nous sur des sujets qui ne relèvent ni de la foi ni de l’enseignement authentique de l’Église, mais l’expérience montre que vous l’avez compris et je vous en remercie.

Rassurez-vous, il n’y aura pas de changement de cap, mais tout en étant confortés par nos chers et fidèles lecteurs, il est important de s’interroger sur ce qu’est La Nef et ce qu’elle devra être à l’avenir, bref à la place qu’elle pourra occuper dans le paysage de la presse catholique. En effet, le moment de cette réflexion est propice, car nous vivons assurément un tournant important pour toute la presse « papier ».

La crise financière de l’été 2008 a contribué à fragiliser nombre de titres ; nous-mêmes avons noté depuis une nette baisse de rendement de nos prospections, comme si les futurs lecteurs étaient désormais dans une phase d’attentisme. C’est un réel souci pour une petite entreprise artisanale comme La Nef qui ne dispose d’aucune réserve financière ni du soutien d’un groupe ou de quelque richissime bienfaiteur.

Mais ces difficultés conjoncturelles se conjuguent avec un contexte défavorable à la presse écrite qui représente une évolution de fond dont on ne peut pas ne pas tenir compte : le monde des médias modernes, qui captive l’immense majorité de nos contemporains, est avant tout basé sur l’image et entraîne un recul de la lecture et même de la capacité de lecture ; cela était déjà vrai avec la télévision, cela l’est plus encore avec Internet.

Ajoutons que le public catholique est déjà très minoritaire et qu’il est de plus fractionné en une multitude de chapelles qui ne recherchent pas forcément l’unité sur l’essentiel, si bien qu’il n’est pas facile de s’imposer quand on est une revue jeune à l’image encore peu assise. Certes, beaucoup savent que La Nef est un mensuel dont la ligne est celle du pape Benoît XVI et dont l’originalité est de susciter la réflexion et d’apporter une formation sérieuse à ses lecteurs. Pourtant, certaines réactions montrent que nombre de chrétiens ont encore de La Nef une image caricaturale ou fausse… ou tout simplement ne la connaissent pas, n’en ont jamais entendu parler !

Notre public est très ciblé, donc forcément restreint, mais même ce public très choisi lit assez peu et ne cherche pas nécessairement une publication qui maintient un niveau d’exigence minimum. Internet est tellement plus facile à consulter… et puis « surfer sur le Web » est totalement gratuit ; Internet est une source d’informations quasi infinie, instantanée, à laquelle nous puisons nous-mêmes, mais qui a aussi ses limites : les internautes lisent très peu de textes longs, ce support n’invite donc pas à approfondir, ne pousse pas à la réflexion.

Tout cela pose bien des questions : une publication comme La Nef a-t-elle encore un avenir ? Je le crois profondément, car si notre public potentiel n’est à l’évidence pas l’égal numériquement de celui de Paris-Match, il existe encore néanmoins suffisamment de lecteurs qui ne se satisfont pas de l’ère du zapping à tout va et du côté bref et superficiel d’Internet. N’ayons pas peur du mot, il existe une élite – elle a toujours été très restreinte, hier comme aujourd’hui – qui a besoin de 
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