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L'avenir de la droite

Mathieu Bock-Côté

Source : La Nef N°293 de juin 2017
Le concept de droitisation vient de la gauche, et plus exactement, de la gauche politiquement correcte, qui prétend exercer sur l’espace public l’empire du bien. Il apparaît dans l’histoire intellectuelle de la gauche comme une nouvelle manière de stigmatiser le conservatisme, de disqualifier fondamentalement ceux qui ne se reconnaissent pas dans la philosophie progressiste dominante. La droitisation représente une manière de nommer une dissidence affichée avec le consensus progressiste hérité de Mai 68, et qui se retrouve au pouvoir dans la plupart des sociétés occidentales, notamment à travers son emprise sur les médias, l’université et les grands pouvoirs technocratiques.
Posons la question : quels sont les contenus de ce consensus progressiste auquel il n’est plus permis de se dérober ? De quelles valeurs fondamentales la droite s’éloignerait-elle en se droitisant ? Ce consensus est en général multiculturaliste, européiste et droit-de-l’hommiste. Il valorise la déconstruction de l’identité nationale au nom du multiculturalisme (ceux qui s’y opposent sont accusés de xénophobie), la dissolution de la souveraineté nationale au nom de la construction européenne et de la gouvernance globale (ceux qui s’y opposent sont accusés d’europhobie) et l’assimilation de toutes les revendications identitaires et sociales au nom des « droits de l’homme » (ceux qui ont des réserves envers la déconstruction des valeurs traditionnelles sont accusés de repli sur soi et d’entretenir la « peur de l’autre »). En quelques mots, on peut dire qu’il s’agit d’un consensus fondé sur ce que plusieurs ont appelé avec raison l’idéologie soixante-huitarde.

Plus largement, et pour reprendre les termes d’une étude de la Fondation Terra Nova (une étude qui prétendait définir une nouvelle stratégie pour la gauche européenne), devant le constat maintes fois répété du conservatisme indéracinable des classes populaires, il prétend représenter le camp de la « société ouverte » contre les nostalgiques de la « société fermée ». La gauche représenterait le progrès, la droite la réaction. La première représenterait une société inclusive, la seconde, une société exclusive. […]
Mais s’il y a une gauche, il faut, au moins théoriquement, qu’il y ait une droite. À partir de ce logiciel, le clergé politiquement correct se permet de distinguer les droitiers respectables et ceux qui ne le sont pas – elle se choisit donc l’adversaire qui lui convient, et l’ennemi qui lui sert de repoussoir. Elle distingue ceux dont le désaccord politique masque un ralliement au système idéologique dominant (par prudence ou par conviction) et ceux dont le désaccord politique se double d’un désaccord idéologique, d’une non-adhésion à la philosophie progressiste. Quels sont les droitiers respectables ? En gros, ceux qui se couchent devant elle, et ceux qui cherchent à convertir la droite au progressisme. Ceux qui, au sein de leur propre camp, reprennent sans cesse l’appel à la « modernisation » de la droite, à son ralliement à la modernité, qu’elle devrait devancer, qu’elle devrait embrasser. […] À cette condition, la droite sera admise comme un interlocuteur légitime dans le débat public. Si elle ne le fait pas, on se demandera si sa présence dans l’espace public ne compromet pas la démocratie. Ne compromet-elle pas alors les « valeurs de la République » ? […]

LA TRAHISON DU GAULLISME
Le gaullisme historique était un national-conservatisme (je n’utilise pas ici le mot nationalisme, qui a une connotation très particulière en Europe) ou un conservatisme national si on préfère. Ceux qui s’en réclament aujourd’hui se réclament frauduleusement de la mémoire du général de Gaulle pour endosser des thèses et des idées qui l’auraient révulsé. Ils se sont inventé un gaullisme imaginaire et fantasmatique qui est devenu la façade idéologique et mémorielle d’un renoncement à tout conservatisme français. Leur gaullisme 
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