L’échec du président Obama lors des élections de mi-mandat était prévisible depuis son élection. Nous l’avons écrit ici même il y a deux ans : s’il n’y avait pas eu la crise dramatique de 2008, il n’aurait pas été élu. Pendant deux ans, le président américain n’a pas su dominer la crise, et s’est engagé dans un programme généreux de sécurité sociale auquel il attachait infiniment d’importance. Au fur et à mesure que les mois passaient, le projet s’effilochait et le Président était poussé dans ses retranchements.
De même, sa politique étrangère est un énorme échec. Le discours du Caire était un appel à la réconciliation entre le monde musulman et le monde occidental. C’était grand, beau et généreux. Mais cela posait le problème du comportement américain en Israël, en Irak, en Afghanistan et face à l’Iran. Certes le président Obama héritait d’une situation très difficile. La stupide guerre d’Irak engagée par son prédécesseur avait conduit à la déstabilisation totale de l’Irak et du Moyen-Orient tout entier. D’autre part, comme en Afghanistan, les militaires américains ont été dépassés par les événements. L’Irak aujourd’hui, malgré des élections soi-disant démocratiques, n’est toujours pas pacifié, et ne semble pas près de l’être.
En Afghanistan, la lutte contre les talibans a été menée avec une stratégie inconsidérée. Pour contrôler un pays plus grand que la France, il fallait plusieurs centaines de milliers d’hommes. Il y en a moins de deux cent mille. Il est vrai que cela impliquait le rétablissement du service militaire : on s’est contenté de faire appel à des mercenaires. Au temps d’Obama comme au temps de Bush, on fait la guerre avec des avions et des drones, ce qui entraîne de multiples dommages collatéraux. Après tout, Washington et l’Otan auraient pu s’inspirer de la stratégie des Soviétiques, qui ont abandonné l’Afghanistan en 1987, non pour des raisons militaires comme on le dit faussement, mais parce que le Kremlin manquait d’argent…
Là encore, Obama n’a pas su dominer la situation. Il voulait réconcilier le monde arabe et l’Occident, mais il n’a pas compris que la solution du problème passait par Israël. Il a laissé Israël agir à sa guise, se contentant de vagues déclarations qui n’avaient aucun écho à Tel-Aviv.
En fait, quand nous faisons ce bilan, nous mettons l’accent sur les freins qui ont joué contre Obama. Les États-Unis sont un pays qui demeure marqué par la pensée protestante, c’est-à-dire une pensée profondément individualiste. Même si cette communauté est en déclin, les WASP (White Anglo-Saxon Protestants) tiennent toujours le haut du pavé. Il y a 54 % d’Américains protestants pour 25 % de catholiques. Si le poids protestant se réduit chez les « caucasiens » (les judéo-chrétiens blancs selon l’Office américain des statistiques), il augmente sensiblement chez les hispano. Il ne faut pas oublier que les 4/5ème des noirs sont également protestants. Si les fidèles des Églises historiques (luthériens et presbytériens) ont plutôt un comportement libéral, leur poids sociopolitique est en déclin dans la mesure où ces communautés se sont peu à peu engagées dans la postmodernité et ont récusé les valeurs éthiques des Saintes Écritures. Ce qui est plus intéressant et que l’on néglige trop, c’est l’évolution des immigrés venus du monde hispanique. Il y a aujourd’hui 22 % de protestants sur 100 hispanos, et leur nombre croît chaque année.
Les cartes électorales sont significatives. Le nord-est des États-Unis a voté Obama, même si en Pennsylvanie et dans l’État de New York, la moitié des circonscriptions ont été enlevées par des Républicains. À New York même, les Républicains ont emporté plusieurs circonscriptions. Quant au Sud, où les noirs et les hispanos sont nombreux, la reconquête républicaine est sensible. Il est également intéressant de noter que des États démocrates comme l’Arizona, le Nouveau Mexique, le Colorado et les circonscriptions texanes proches du