L'échec du modèle français
Chronique Vie
Source :
La Nef
n°213 de mars 2010
Le rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) remis à la ministre de la santé le 2 février dernier livre un constat accablant sur la faillite du modèle contraceptif français.
La conclusion est sévère : « Force est de constater que la diffusion massive de
moyens contraceptifs d’un haut niveau d’efficacité théorique n’a pas fait diminuer le nombre d’IVG » (1). D’après les auteurs du rapport, la France est en tête du classement mondial avec une couverture contraceptive sans équivalent, constituée à 80 % par des méthodes qualifiées d’ultra-performantes comme la pilule ou le stérilet. Or, le rapport est formel : l’IVG constitue « une composante structurelle de la vie sexuelle et reproductive ». Quatre Françaises sur dix auront à en subir une, la France étant l’un des plus mauvais élèves d’Europe avec un taux d’avortement qui est le double de celui de l’Allemagne. L’explication avancée par les inspecteurs et reprise en boucle par les médias a sidéré les pouvoirs publics : 72 % des avortements sont pratiqués chez des femmes qui étaient sous contraception (dont 42 % sous pilule et dispositif intra-utérin). Une étude récente vient d’ailleurs de prouver que 92 % des utilisatrices de contraception orale avaient oublié de prendre leur pilule entre 1 et 5 fois dans les 6 mois précédents. Quant à la contraception d’urgence, son échec est également patent : « si le recours à la pilule du lendemain a augmenté de plus de 70 % entre 2000 et 2005, le nombre d’IVG pratiquées est demeuré stable. On constate même une tendance à l’augmentation de leur nombre chez les jeunes, qui sont pourtant les premières utilisatrices ».
Un simple calcul établit qu’une Française doit ingérer plus de 8000 comprimés hormonaux tout au long de sa vie féconde. Pour la première fois, les rédacteurs du texte évoquent la lassitude des femmes devant la difficulté d’effectuer un « parcours sans faute » et reconnaissent à demi-mot l’ambivalence psychologique de certaines d’entre elles dont le désir inconscient de donner la vie semble bousculer l’imperium contraceptif. Ils n’approfondissent malheureusement pas les connexions complexes entre mentalités contraceptive et abortive qu’avait analysées Jean-Paul II dans son encyclique prophétique Evangelium vitae dont nous fêtons ce mois-ci les 15 ans. « Il est fréquemment affirmé que la contraception, rendue sûre et accessible à tous, est le remède le plus efficace contre l’avortement ». Le raisonnement est spécieux dit le pape car « les contre-valeurs présentes dans la mentalité contraceptive – bien différentes de l’exercice responsable de la paternité et de la maternité réalisé dans le respect de la pleine vérité de l’acte conjugal – sont telles qu’elles rendent précisément plus forte la tentation de l’avortement, face à la conception éventuelle d’une vie non désirée […] La vie qui pourrait naître de la relation sexuelle devient ainsi l’ennemi à éviter absolument, et l’avortement devient l’unique réponse possible et la solution en cas d’échec de la contraception » (2).
L’enfant à naître, lorsqu’il vient contrecarrer nos projets, est de moins en moins toléré. Alors que moins de 30 % des grossesses sont imprévues aujourd’hui (contre plus de la moitié en 1975), le taux de recours à l’IVG explose. Ainsi, sur 10 conceptions non désirées, 4 se terminaient par une IVG en 1980, ce sont désormais plus de 6 qui se concluent par un avortement. Le choix de recourir à l’IVG se fait d’autant plus impérieux que la grossesse n’est pas programmée. Les chercheurs en sciences humaines n’hésitent pas à parler de norme abortive contraignante, alimentant la propension quasi irrésistible à demander l’IVG comme rattrapage contraceptif dans l’éventualité d’une grossesse non calculée. Tout se passe donc comme si l’avortement avait besoin d’un terreau culturel contraceptif pour croître, IVG et contraception étant les deux dimensions d’un même refus de l’enfant non