Alors que Mgr Cattenoz a remis sur le devant de la scène
médiatique l’école catholique comme enjeu fondamental,
qu’est-ce qui, à la lumière de l’enseignement de l’Église,
caractérise une école catholique ? Celle-ci doit contribuer
au rétablissement d’un juste rapport entre la foi et la raison.
L’école catholique n’a trop souvent de catholique que le nom. Mgr Cattenoz l’a dit avec force. Ce constat est aujourd’hui unanimement admis. En revanche, on peine à s’entendre sur ce qui fait la catholicité d’une école. Quel changement faudrait-il introduire pour que les écoles deviennent catholiques au sens plein du terme ? Suffit-il d’instaurer un catéchisme qui enseigne sans complexe ce que nous devons croire, faire et espérer ? Faut-il ajouter à cela un aumônier qui vienne régulièrement enseigner et dispenser les sacrements dans l’école ? Cette réforme-là est déjà amorcée dans un nombre minoritaire mais croissant d’établissements de l’Enseignement catholique. Mais après tout, de telles possibilités existent aussi dans les écoles publiques, puisqu’elles sont légalement habilitées à accueillir et rémunérer un aumônier (1). Elles n’en sont pas catholiques pour autant !
Et si l’on ajoutait à cela la prière du matin, le bénédicité et la présence accrue de thèmes religieux dans les matières profanes, obtiendrait-on enfin une école catholique ?
Tous ces « ingrédients », pour utiles qu’ils soient, ne sont pas suffisants. Apporter une réponse est un exercice particulièrement ardu : la Congrégation pour l’éducation catholique a publié à ce propos pas moins de sept textes en dix ans : L’école catholique (19 mars 1977) ; Le laïc catholique témoin de la foi dans l’école (15 octobre 1982) ; Orientations éducatives sur l’amour humain. Traités d’éducation sexuelle (1er novembre 1983) ; Dimension religieuse de l’éducation dans l’école catholique (7 avril 1988) ; L’école catholique au seuil du troisième millénaire (28 décembre 1997) ; Les personnes consacrées et leur mission dans l’école. Réflexions et orientations (28 octobre 2002) et tout récemment, Éduquer ensemble dans l’école catholique, mission partagée par les personnes consacrées et les fidèles laïcs (novembre 2007).
Dans cet article, nous ne ferons qu’aborder la seule question de la place respective de la foi et de la raison dans l’enseignement. Mais il est clair que les dimensions suivantes sont également déterminantes pour l’école catholique : nature de la relation école-famille ; rapport d’« amitié » professeurs-élèves ; professeur : métier ou vocation ? ; « communauté éducative » et communion etc.
Légitimer la recherche incessante de
la Vérité.
Contre le nihilisme ambiant, qui ne fait que prolonger le « Quid est veritas ? » désabusé de Ponce Pilate, l’école catholique est celle qui ose donner à ses élèves l’audace de rechercher la vérité. Tout effort et toute exigence académique, en quelque matière que ce soit, doivent être replacés dans cette perspective. L’enfant doit être convaincu qu’il atteindra sa dignité s’il applique sa raison à la recherche de vérité (cf. l’encyclique Fides et Ratio, n. 28). Cette ambition s’oppose à la tendance actuelle selon laquelle « la raison se plie face à la pression des intérêts et à l’attraction de l’utilité, contrainte de la reconnaître comme le critère ultime » (2). Or la finalité de l’école n’est pas, fondamentalement, d’assurer une bonne situation professionnelle à ses élèves mais de concourir à l’avènement de l’homme intérieur.
Restaurer la raison, priorité de l’école catholique.
Pour ce faire, il faut déjà que l’école redevienne pleinement une école, c’est-à-dire un lieu de formation rigoureuse de la raison. L’école catholique doit être avant tout le lieu de l’excellence académique. Cela nécessite de remonter le niveau des exigences et de réorganiser le travail en conséquence :