La mission des diplomates du Saint-Siège dans les organisations internationales est souvent méconnue. Le fonctionnement de ces institutions connaît des dérives idéologiques : que fait l’Église dans cette galère ?! Elle y fait entendre sa voix. Entretien avec Mgr Follo, Observateur du Saint-Siège à l’Unesco (1).
La Nef – Quelle est la spécificité de l’Unesco parmi les différentes organisations des Nations Unies ?
Mgr Francesco Follo – L’Unesco (United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization) a été fondée pour contribuer à l’édification de la paix, à l’élimination de la pauvreté, au développement durable et au dialogue interculturel. Selon son Acte constitutif, « les guerres naissant dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes qu’il faut élever les défenses de la paix ». Toutes les autres Agences de la famille des Nations Unies bâtissent la paix de façon directe ou indirecte à travers des conditions externes (économie, santé, alimentation) ou à la lumière de la justice qui dérive de la légalité objective. Seule l’Unesco a pour objectif de fonder la paix dans l’esprit des hommes.
Pour ce faire, elle utilise comme moyens les activités comprises sous les termes génériques d’« éducation, science et culture ». Ces activités sont elles-mêmes des fins à poursuivre. En effet, outre le fait de permettre de fonder et de configurer la paix, elles possèdent une valeur autonome. « L’homme vit grâce à l’art et à la culture », écrit saint Thomas d’Aquin. Dans son grand discours à l’Unesco du 2 juin 1980, le bienheureux Jean-Paul II explique : ces paroles « ont une signification qui s’applique à l’ensemble de l’humanité où se rencontrent les diverses traditions qui constituent son héritage spirituel et les diverses époques de sa culture. La signification essentielle de la culture consiste […] dans le fait qu’elle est une caractéristique de la vie humaine comme telle. La vie humaine est culture en ce sens aussi que l’homme se distingue et se différencie à travers elle de tout ce qui existe par ailleurs dans le monde visible : l’homme ne peut pas se passer de culture. »
Comment l’Unesco fonctionne-t-elle ?
Pour bien répondre à cette question, je me permets de poser une prémisse. La culture n’est pas seulement un loisir, réservé au temps libre et aux personnes qui n’ont pas de soucis matériels. Elle est une nécessité pour que l’homme devienne pleinement homme. Le problème n’est pas de savoir pour pouvoir, mais de connaître pour être davantage et partager la paix qui a été bâtie par l’éducation. Dans ce but, l’éducation doit unir la raison au cœur. La raison s’éduque par le développement des connaissances, par la découverte de la richesse de la vie, de l’histoire, de la littérature, des sciences, etc. Elle doit être honorée, non seulement en introduisant l’enfant ou l’adulte à des connaissances intellectuelles, mais aussi en lui donnant l’occasion de confronter sa foi aux exigences de la raison, et en accompagnant ses relations affectives d’une attitude de réflexion critique.
Pour réaliser cela, l’Unesco, grâce aux contributions des 195 pays membres et du Secrétariat, mais aussi des universités et de la société civile, élabore des programmes qui vont de l’alphabétisation aux études universitaires, des bâtiments scolaires à la formation des esprits. Elle possède cinq « fonctions traditionnelles » : son action éducative, scientifique et culturelle développe la coopération pour les pays émergents ; elle facilite la coordination entre les pays pour partager les idées et les programmes ; elle défend le bon droit à travers des Conventions ; elle joue le rôle de laboratoire d’idées pour favoriser le rapprochement des cultures ; enfin, elle détecte les nouveaux défis éthiques et essaye d’y donner une réponse.
Depuis 1952, le Saint-Siège est