Recherche
Lettre électronique
Pour recevoir régulièrement des nouvelles de La Nef, entrez votre courriel et validez
Mon compte
  • Accueil
  • Archives de la Nef
  • Société
  • Culture de mort

L'embryon cannibalisé

Chronique Vie

Pierre-Olivier Arduin

Source :La Nef n°218 de septembre 2010
Si l’embryon humain in vitro n’a pas de personnalité juridique dans le droit français, la loi de bioéthique de 2004 a posé divers interdits destinés à le protéger : le clonage embryonnaire, que la finalité soit thérapeutique ou scientifique, est passible de sept ans d’emprisonnement et de 100 000 euros d’amende, de même que la constitution d’embryons humains à des fins de recherche est sévèrement réprimée. Le code de la santé publique rappelle également solennellement que « la recherche sur l’embryon est interdite ». Sur quoi se fonde cet interdit si ce n’est sur la reconnaissance de la dignité de l’être humain conçu in vitro ? On sait que le législateur a cru bon d’aménager des exceptions à la prohibition de cette expérimentation. Toujours est-il que le cadre fixé, aussi hypocrite soit-il avec ses conditions présentées comme « très strictes » par les promoteurs de la loi de 2004, rend encore indirectement hommage au devoir de protection de la vie humaine.

Rapporteurs de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), Alain Claeys et Jean-Sébastien Vialatte, respectivement élus de l’opposition et de la majorité, souhaitent une bonne fois pour toutes faire voler en éclat ce dispositif dérogatoire qu’ils jugent attentatoire à la liberté de la science afin de le remplacer par un régime clair d’autorisation de recherche sur l’embryon, sans encadrement et sans conditions. C’est un changement de paradigme majeur que promeut cet organe influent de l’Assemblée nationale en signifiant que plus aucune exigence n’est applicable à l’embryon humain devenu simple matériau entièrement disponible au bon vouloir des firmes pharmaceutiques et autres consortium de recherche. Dans la foulée, les auteurs du rapport demandent que l’Agence de la biomédecine soit désormais affranchie de la tutelle du politique en ayant les mains libres pour conduire comme elle l’entend la stratégie de recherche sur l’embryon. Le pouvoir banalisé des scientifiques n’est-il pas l’une des conditions de l’avènement d’une biocratie qui s’approprierait l’être humain dans une vision utilitariste sans précédent ?

Apologistes d’une pensée matérialiste radicale, il est parfaitement logique que les mêmes fassent figurer dans la liste de leurs propositions la légalisation du clonage embryonnaire et de la création des cybrides (chimères embryonnaires homme-animal). Ces deux pratiques relèvent de ce qu’on appelle pudiquement les transferts nucléaires. Le clonage consiste en l’insertion du noyau, donc de l’ADN, d’une cellule adulte dans un ovocyte énucléé, c’est-à-dire vidé de son matériel génétique. L’embryon obtenu est donc le clone de la personne qui a donné la cellule somatique. Si le transfert nucléaire est réalisé entre espèces, par exemple en utilisant un ovule de vache ou de lapine, le produit obtenu est un embryon chimérique appelé cybride ou hybride cytoplasmique. Ce procédé est une offense gravissime à la dignité humaine en raison du mélange des caractères génétiques humains et animaux susceptible de nuire à l’identité de l’homme (Dignitas personae, 8 septembre 2008, n. 33).

En outre, pour être envisageable, le clonage embryonnaire doit bénéficier de l’apport d’ovocytes humains en quantité importante. Conscients qu’une femme a peu de chance de se présenter à la porte d’un laboratoire pour y subir une hyperstimulation ovarienne dans le seul but de donner ses précieuses cellules, les députés Claeys et Vialatte proposent d’autoriser sans plus attendre la vitrification des ovules, une technique expérimentale de congélation des gamètes féminins. Si l’intention n’a pas été exprimée ouvertement lors de la conférence de presse présentant le rapport, elle est cependant facile à décrypter. Une fois qu’une femme aura réalisé son projet parental après une fécondation in vitro de routine, il lui sera aisé de céder à la science son stock d’ovocytes « en trop » pour alimenter la filière du 
Page 1 sur 2 1 2 »