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L'embryon menacé

Chronique Culture de vie / Culture de mort

Pierre-Olivier Arduin

Source :La Nef n°222 de janvier 2011
Dans son dernier avis relatif à la recherche sur l’embryon, le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) s’est durablement décrédibilisé en réduisant l’être humain au début de sa vie à un vulgaire matériau de laboratoire. Un très mauvais signal envoyé aux députés appelés le 8 février prochain à examiner en première lecture le projet de loi bioéthique.

Bien que le CCNE se soit défendu d’avoir voulu trancher la question, l’économie des 59 pages de ce volumineux rapport montre sans ambiguïté que les « sages » ont décidé d’en finir une bonne fois pour toutes avec ce qui restait de dispositions protectrices à l’égard de l’embryon humain. Les recommandations de l’avis 112 sont on ne peut plus nettes : il s’agit premièrement de libéraliser les recherches sur les embryons in vitro et les cellules qui en sont issues, en supprimant définitivement l’interdit légal actuellement en vigueur, deuxièmement d’autoriser à titre dérogatoire la création d’embryons à visée de recherche pour améliorer les techniques d’assistance médicale à la procréation. Pour faire sortir de notre champ éthique l’être humain dans sa condition embryonnaire, le CCNE avance deux arguments principaux.
En premier lieu, il exclut habilement l’embryon de tout discours rationnel, le considérant comme un « entre-deux » qui « n’est pas de l’ordre du démontrable ». Pour le Comité, il est vain de tenter d’identifier la nature de ce qu’il définit comme une « énigme ». S’érigeant en tribunal par défaut, il choisit in fine de débouter le fruit de la génération humaine en ne lui reconnaissant aucune dignité. D’ailleurs, le principe cardinal de dignité qui devrait être théoriquement au cœur de la réflexion bioéthique a quasiment disparu du vocabulaire du CCNE. Un signe qui ne trompe pas.
La plus haute instance morale de notre pays n’a pas même jugé nécessaire d’examiner les conclusions scientifiques sur le développement embryonnaire précoce. Pourtant, les plus récentes acquisitions de la biologie et de la génétique modernes montrent sans le moindre doute que l’embryon est le point de l’espace et du temps où un nouvel être humain débute son propre cycle vital, construisant sa propre forme, de manière autonome et sans aucune discontinuité. Le contraste entre le caractère tortueux de la réflexion du Comité et la clarté des propos de Benoît XVI, le 27 novembre, lors de la veillée mondiale de prière pour le respect de la vie naissante est saisissant : « En ce qui concerne l’embryon […], la science elle-même met en évidence la coordination des processus biologiques, la continuité du développement, la complexité croissante de l’organisme. Il ne s’agit pas d’une accumulation de matériel biologique, mais d’un nouvel être vivant, dynamique et merveilleusement ordonné, d’un nouvel individu de l’espèce humaine. Il en a été ainsi pour Jésus dans le sein de Marie ; il en a été ainsi pour chacun de nous dans le sein de notre mère. »

Le deuxième argument sur lequel s’appuie le CCNE pour disposer sans entrave de l’embryon comme simple matière vivante est la notion de projet parental. La dimension idéologique de ce nouveau concept est en passe de se substituer au lien corporel qui unissait jadis l’embryon à sa mère. « Ce n’est plus le développement biologique qui détermine à lui seul son devenir mais le lien humain dans lequel est inscrit l’embryon ». Autrement dit, lorsque le désir des parents s’éteint, les embryons stockés par dizaines de milliers dans nos congélateurs – 150 000 au dernier recensement – basculent dans le monde des choses appropriables. Cette pirouette intellectuelle est dévastatrice car, en désignant arbitrairement deux catégories d’embryons humains, ceux qui seraient « couverts » par un projet parental et les autres, elle crée deux catégories éthiques et juridiques artificielles correspondantes. Dès lors, les embryons « orphelins » n’ont plus aucun droit à la vie et les chercheurs peuvent légitimement 
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