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L'enfant et la mondialisation

Chronique internationale

Paul-Marie Coûteaux

Source :La Nef n°210 de décembre 2009
Il est probable que l’on passera vite sur l’affaire Mitterrand, tant le milieu de la Culture, des médias mais aussi de la politique, des élus socialistes jusqu’à l’épouse du Président de la République, et le Président lui-même se sont unis derrière un neveu qui réunit à lui seul tant de facettes de ce petit milieu, qu’il en offre comme une synthèse. C’est fort dommage, tant elle posait de questions, et donnait même des réponses sur ce monde.

Deux mots, d’abord, sur ce qu’elle a montré des dites « élites » ; d’abord quant à la disparition de la vieille dignité longtemps attachée à la fonction politique, quand bien même se limitait-elle aux apparences – ou à la bienséance, cette Common decency dont Orwell faisait le dernier rempart de la civilisation. Quand un ministre est communément représenté, maquillé comme une star, envoyant un baiser de starlette, les lèvres maquillées au rouge le plus pulpeux, affublé de grosses lunettes à strass, d’une robe à paillettes et d’un grand boa à plumes, on ne voit plus quelle peut être son autorité.

À l’indécence s’ajoute l’affranchissement des devoirs de sa charge : comment un ministre peut-il qualifier d’« obscène » la décision d’un tribunal des États-Unis condamnant un de ses citoyens d’un fait d’ailleurs avéré (viol par sodomie d’une adolescente de treize ans) ? Et comment un ministre peut-il dire, parce que ce citoyen américain est né en France, qu’il le défend parce que « c’est son métier de défendre les artistes » ? Si l’on veut bien sortir des considérations personnelles et se hisser au souci civique, on verra même assez vite qu’il n’est pas très bon que le peuple français, qui n’est que trop enclin à le croire, ait sous les yeux la preuve que le droit ne s’applique pas aux gradés de la nomenklatura médiatique…

A travers le cas Mitterrand, ce n’est pas seulement l’indécence de la caste dirigeante qui s’aperçoit, mais aussi l’un des plus troubles aspects de la marchandisation du monde…

Que M. Mitterrand prise ou non les mineurs, il reste que la scène qu’il évoque, Bangkok, est une figure emblématique de ce monde : le tourisme sexuel montre combien l’univers mondialisé disqualifie la loi ; bien que, en matière de pédophilie, nos lois comportent une clause d’exterritorialité, mais il est rare qu’elle soit appliquée : trois condamnations depuis la loi de 1998 alors que, chaque année, selon l’UNICEF, trois millions d’enfants sont victimes « d’agissements sexuels dans un cadre commercial ». Après le moindre recoin de nos vies, après le dimanche, voici que même l’enfance est marchandise…

On se demande même si la conjugaison « marchandisation/mondialisation », les grandes matrices de l’époque ne rendent pas les enfants plus fragiles que jamais. On sait, mais on ne sait pas assez que, depuis l’autorisation de l’avortement, et la complication curieusement corrélative des règles d’adoptions d’enfants français (le lobby féministe a trouvé assez de juges pour compliquer sans cesse la jurisprudence relative à l’accouchement sous X, lequel permit pendant longtemps aux femmes enceintes qui ne pouvaient ou ne voulaient pas élever leur enfant de les mettre au monde), le recours à l’adoption dans des pays lointains est devenu pratique courante, et d’ailleurs assez bien vue ; mais, bien qu’un pudique voile les recouvre en général, ce genre de transaction revient presque toujours à un achat, plus ou moins déguisé. Or, tout le monde le sait. Mais tout se passe comme si la génération des bobo, tenait pour normal d’acheter un enfant comme on achète une maison ou une voiture…

Suis-je en train d’extrapoler, et de charger M. Mitterrand de vilenies sans rapport avec ses démêlés sexuels ? Au contraire : les premières pages de son bien nommé ouvrage La Mauvaise Vie font le récit, poignant, des circonstances dans lesquelles il achète un enfant à une famille marocaine ; il a déjà pris l’aîné, les parents 
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