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L’enrichissement réciproque

Source :La Nef n°196 de septembre 2008
Dans la Lettre aux évêques accompagnant le motu proprio, Benoît XVI a préconisé un enrichissement mutuel des deux missels du rite romain. Analyses et quelques propositions.

Selon Benoît XVI, « les deux formes d’usage du rite romain peuvent s’enrichir réciproquement ». Dans l’intention du pape, la réintroduction, dans le cadre paroissial, du missel promulgué par le bienheureux Jean XXIII devrait susciter une émulation liturgique de telle sorte que chaque forme intègre certains aspects positifs de l’autre.

Un OGM liturgique ?

S’agit-il d’aboutir à une synthèse entre les deux usages liturgiques, espèce de messe « hybride » ? À lire attentivement tout ce que le cardinal Ratzinger a écrit sur la question, il semble clair que, pour lui, la liturgie ne se prête pas à ce genre de manipulation génétique ! Il évoquait plutôt la fameuse « réforme de la réforme ». C’est le Missel réformé en 1969 et non le Missel précédent qui pourrait faire l’objet d’une réforme. À l’occasion des « Journées liturgiques » qui se tenaient en l’abbaye de Fontgombault en juillet 2001, le cardinal Ratzinger souhaitait que l’ancien Missel fût maintenu comme « point de référence », « critère », « sémaphore » parce que ce rite est « vénérable » et signifie « l’identité permanente de l’Église ».
Est-ce à dire que la forme extraordinaire est intangible ? Ce serait méconnaître profondément l’essence de la liturgie : un corps organique fruit d’un développement continu. Surtout pas une fabrication artificielle à la manière d’une production technique mais un processus vivant de croissance hors duquel le rite se sclérose. En ce sens, on peut bien parler d’un apport mutuel de l’un à l’autre usage liturgique. La condition sine qua non, c’est que les deux formes se côtoient. Je suis enclin à penser que, pour envisager les choses de façon positive en terme de complémentarité et non de façon dialectique en termes d’opposition, il faut que les mêmes prêtres diocésains célèbrent les deux formes dans un même lieu. En ce sens, le cardinal Castrillon Hoyos, à Westminster, relayait la pensée du pape en souhaitant que la messe tridentine soit proposée dans toutes les paroisses et que les séminaristes reçoivent une formation en vue de la célébrer !
Mais quel dommage qu’une lecture unilatérale du motu proprio et qu’une compréhension partielle et partiale du sentiment de Benoît XVI sur ce sujet fassent balayer d’un revers de main ce passage de la lettre du pape aux évêques : « Évidemment, pour vivre la pleine communion, les prêtres des communautés qui adhèrent à l’usage ancien ne peuvent pas non plus, par principe, exclure la célébration selon les nouveaux livres. L’exclusion totale du nouveau rite ne serait pas cohérente avec la reconnaissance de sa valeur et de sa sainteté. » Le même cardinal Hoyos, procédant aux ordinations sacerdotales de la Fraternité Saint-Pierre à Lincoln en juin 2008, enjoignait les membres de cet institut de manifester à leurs frères prêtres un profond respect pour la forme ordinaire du rite romain en concélébrant avec l’évêque lors de la messe chrismale, qui est le signe particulièrement approprié de la communion sacerdotale.

La forme ordinaire

Voici ce qu’indiquait Benoît XVI dans la Lettre qui accompagnait le motu proprio du 7 juillet 2007 : « Dans la célébration de la Messe selon le Missel de Paul VI, pourra être manifestée de façon plus forte que cela ne l’a été souvent fait jusqu’à présent, cette sacralité qui attire de nombreuses personnes vers le rite ancien. La meilleure garantie pour que le Missel de Paul VI puisse unir les communautés paroissiales et être aimé de leur part est de célébrer avec beaucoup de révérence et en conformité avec les prescriptions ; c’est ce qui rend visible la richesse spirituelle et la profondeur théologique de ce Missel. » À Fontgombault, lors de la conférence susdite, le cardinal Ratzinger mentionnait trois éléments 
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