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L’Estonie entre l’Europe et la Russie

Chronique internationale

L’Estonie est un jeune état créé de toutes pièces au lendemain de la Première Guerre mondiale. Mais à la différence de l’Ukraine, ce n’est pas un État artificiel, car il a longtemps regroupé une population homogène, les Estes, appartenant, comme leurs voisins finlandais, à l’ethnie finno-ougrienne. Pendant des siècles, elle a été l’objet d’invasions viking et russes (au XIe siècle). En 1217, la région est partagée entre le domaine des Chevaliers Porte-Glaive et celui des Danois. En 1346, l’Ordre teutonique, successeur des Porte-Glaive, occupe tout le territoire ; l’Ordre facilite l’implantation de la Hanse et l’installation de grands domaines induisant un servage de fait.
Les Teutoniques introduisent le luthérianisme au moment de la Réforme. Le déclin de l’ordre conduit en 1561 au partage de la région entre Danois et Polonais. En 1629, Gustave Adolphe réunit Estonie et Lettonie et les place sous domination suédoise. Gustave Adolphe est d’autant plus populaire qu’il protège le monde paysan et fonde une Université de langue allemande de grande réputation à Dorpat, aujourd’hui Tartu. En 1721 (Traité de Nystad), après la défaite de Charles XII par Pierre le Grand, la région passe sous domination russe et va le demeurer jusqu’au traité de Brest-Litovsk (mars 1918). Elle devient allemande pour un temps. Les Soviétiques, qui avaient réoccupé la région fin 1918, par le Traité de Tartu, reconnaissent l’indépendance de l’Estonie (1920). Ils la réoccupent en 1940.
Profondément marqués par le luthérianisme et la culture allemande, hostiles au bolchevisme, les Estoniens accueillent la Wehrmacht en libérateurs et collaborent sans état d’âme avec le Reich ; les Estoniens serviront en nombre dans la Waffen SS, ce que glorifiait en 1994, après la libération du joug soviétique, le musée historique de Tallin. Ce sera le prétexte, après la victoire soviétique, de la déportation, par Staline, en Sibérie de 200 000 à 250 000 Estoniens (20 % de la population) remplacés aussitôt par des Russes. Cela explique qu’il y ait aujourd’hui 30 % de Russes en Estonie.

L’origine du conflit russo-estonien

Les Russes sont dans une situation difficile : peu d’entre eux sont citoyens à part entière car la plupart des russophones ne savent pas l’estonien : cette minorité a tenu longtemps, on s’en doute, le haut du pavé, aujourd’hui elle est à l’écart. Dès 1991, Eltsine rappelait qu’à l’égard de « l’étranger proche », la Russie avait certes des devoirs mais qu’elle avait aussi des droits. Pendant une décennie, les russophones ont accepté leur sort car on vivait beaucoup mieux à Tallin qu’à Saint-Petersbourg ; l’amélioration des conditions de vie en Russie modifie leur comportement.
À l’origine de l’actuelle crise entre les deux États, il y a la décision de transférer le cénotaphe à la gloire des soldats soviétiques du centre de Tallin à la périphérie de la ville. C’est contre cela que s’élèvent les autorités russes. On peut les comprendre, mais on doit aussi se mettre à la place des Estoniens, pour qui ce monument est le rappel des atrocités soviétiques, déportations en masse, bolchevisation, totalitarisme. Quoique puisse en penser le quotidien moscovite Izvestia à propos de cette crise, nous, occidentaux, nous « sommes des gens pour qui communisme et fascisme reviennent au même ». Qu’il faille rechercher un modus vivendi entre Baltes et Russes, comme cela s’est fait entre les peuples allemand et russe, est l’évidence même, mais c’est oublier qu’il n’y a pas 30 % de Russes en Allemagne. Cette minorité russophone est un élément déterminant de la crise.
Elle est avivée par les maladresses des gouvernements et des médias occidentaux. Ils ont soutenu, soutiennent encore les positions anti-russes en Ukraine, en Georgie, cherchent à élargir le domaine de l’Otan, sont en train de construire un bouclier anti-missiles prévu contre des fusées iraniennes mais qui pourrait être utilisé contre des fusées russes… Les cartes 
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