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L'Europe au centre de la crise

Chronique internationale

Professeur Hervé Coutau-Bégarie

Source :La Nef n°232 de décembre 2011
C’est encore et toujours la crise européenne qui domine l’actualité. Depuis notre dernière chronique, les événements se sont accélérés et l’effet de contamination, qui s’était d’abord manifesté sur le plan financier, s’étend maintenant à la politique, avec un jeu de massacre qui touche successivement les gouvernements en place. En Grèce, la dynastie Papandreou a pris fin et la tentative de la prolonger sous couvert d’un apparatchik du PASOK a échoué devant la réaction populaire. En Italie, Silvio Berlusconi a dû céder aux pressions de tous bords après avoir perdu sa majorité à la Chambre. En Espagne, les socialistes ont été balayés aux élections, la droite obtenant la majorité absolue. En France, les sondages promettent une déroute au président Sarkozy l’an prochain. Même en Allemagne, le pays le plus épargné par la crise, le parti de Madame Merkel perd, l’une après l’autre, les élections régionales.
Réaction logique de peuples qui souffrent et qui cherchent des boucs émissaires. Mais aussi, souvent, sanction méritée pour des gouvernants démagogues et sans dignité. Papandreou était le digne fils de son père, politicard véreux, toujours prêt à mentir ; le cavalere avait lassé jusqu’à ses plus fidèles soutiens par ses frasques ; Zapatero a soulevé contre lui l’opinion catholique. La crise financière est le facteur déclenchant de la crise politique, mais elle n’explique pas tout, il peut y avoir d’autres causes.

La plus fondamentale est certainement la perte de légitimité des gouvernements qui, ayant renoncé à leur souveraineté économique au nom des dogmes de l’ultralibéralisme, sont désormais à la remorque des marchés et des institutions financières. Certains essaient de faire oublier leur impuissance par des politiques « avancées » en matière de mœurs qui plaisent aux médias, mais accentuent la perte de repères des jeunes générations et choquent le plus grand nombre. En même temps, ils se montrent, le plus souvent, incapables d’opérer les réformes nécessaires, soit pour limiter les excès de la finance (qui ne sont pas une fatalité : le Canada a réussi à contrôler ses banques), soit pour s’adapter aux nouvelles données démographiques ou économiques (l’Allemagne est une exception). Leur souci premier semble plutôt être de sauvegarder à tout prix leurs privilèges de caste : les dépenses somptuaires des élus locaux et régionaux sont régulièrement dénoncées, en France, en Italie, en Espagne, sans qu’aucune réforme ne s’ensuive. Le refus récent des députés français d’accepter une réduction de 10 % de leurs indemnités est typique de ce comportement, qui ne peut qu’attiser les frustrations et les colères de l’opinion. Les manifestations en Grèce, en Espagne, au Portugal… ne sont que le prologue de mouvements qui pourraient être terribles.
Dans un tel contexte, la solidarité européenne est mise à rude épreuve et chacun songe d’abord à ses propres intérêts. La collaboration s’impose pour combattre la crise, mais elle s’accompagne d’arrière-pensées, de rancœurs. Le couple franco-allemand en sort passablement malmené.

Bref, tout va mal et l’Europe est montrée du doigt comme « l’homme malade du monde ». L’Asie maintient des taux de croissance de 5 à 8 % quand l’Europe est menacée de récession. Les dirigeants américains ou chinois s’agacent des tiraillements entre Européens et les pressent de faire montre d’un peu de sérieux. Certains y voient la confirmation de la vieille thèse de Theodore Roosevelt sur la dérive de la civilisation : après l’âge de l’Atlantique, voici l’âge du Pacifique.
Certes, les problèmes de l’Europe sont structurels, notamment démographiques. Mais, s’ils sont plus graves qu’ailleurs, ils ne sont pas nécessairement spécifiques. Il faut une certaine audace ou inconscience au président Obama pour morigéner les Européens alors que les États-Unis ont perdu leur note triple A, que leur dette vient de passer la barre des 15 000 milliards de dollars, soit à peu près 
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