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L’Europe en débat

Christophe Geffroy

Directeur du mensuel catholique La Nef

Source : La Nef n°204 de mai 2009
par Christophe Geffroy et Jacques de Guillebon

Le 7 juin prochain auront lieu les élections européennes. L’entretien publié le mois dernier avec notre chroniqueur Paul-Marie Coûteaux a suscité des réactions qui sont pour nous l’occasion de préciser et justifier nos positions sur cette question délicate et essentielle.


Les élections européennes qui approchent sont malheureusement l’occasion d’empoignades, non seulement comme il se doit entre les défenseurs de l’Europe supranationale de Bruxelles et ses contestataires attachés à la nation, mais aussi parmi ces derniers. L’entretien avec Paul-Marie Coûteaux que nous avons publié le mois dernier et les remarques qu’il nous a attirées nous sont l’occasion de préciser la position de La Nef vis-à-vis de la construction européenne dans son état actuel et, plus précisément, vis-à-vis des questions de praxis politique qu’elle engendre pour notre temps.
La Nef est une revue catholique française de pensée, de débats et de réflexion : à ce titre, elle est concernée par toutes les grandes questions, et elles sont nombreuses, qui se posent à l’humanité contemporaine, particulièrement à l’humanité occidentale post-chrétienne. Le traitement raisonné de ces grandes questions exige naturellement un recul suffisant qui explique que La Nef ne s’engage jamais derrière un parti politique, quel qu’il soit, car telle n’est pas la vocation d’une publication qui entend demeurer libre pour le débat d’idées : comme nous l’avions fait remarquer il y a deux ans dans un Appel à la suppression des partis politiques inspiré de la pensée politique de la philosophe Simone Weil, le système partisan sur quoi repose la démocratie contemporaine est un piège parfait pour cesser de penser. L’intérêt du parti, singulièrement en période d’élections, passant par-dessus tout et parfois par-dessus le bien commun, entraîne une situation de rivalité destructrice et de fausse concurrence où les places à prendre et à garder jouent comme un puissant aiguillon pour la formulation de factices différences entre coéquipiers de la veille. Ces querelles, avec les attaques personnelles qui les accompagnent, ne nous intéressent pas.
Ceci étant posé, notre critère est de soutenir les idées politiques qui nous semblent les plus proches des enseignements sociaux de l’Église. Dans l’ordre pratique, ils reposent principalement, rappelons-le, sur une anthropologie qui soutient la dignité de la personne humaine – créée à l’image de Dieu –, la politique considérée comme service du bien commun, le principe de subsidiarité, la destination universelle des biens et le principe de solidarité, l’option préférentielle pour les pauvres…

Pour le cas de l’Europe qui nous intéresse ici, il semble que le premier principe à prendre en compte soit celui de la subsidiarité. La question est la suivante : l’Union européenne est-elle habilitée à remplacer les anciennes nations pour la conduite du bien commun de leurs peuples ? Autrement dit, ces nations ont-elles failli à leur mission, ou sont-elles devenues incapables devant les changements du monde de les protéger véritablement ? Rien, jusqu’à maintenant n’a prouvé la nécessité d’un plan politique supérieur à la nation qui serait l’Europe. Au contraire, les dernières décennies ont montré combien cet échelon supérieur s’opposait de manière très nette à l’élaboration d’une véritable démocratie : il est symptomatique que la voie fédérale choisie n’ait jamais été expliquée honnêtement aux peuples et que l’« approfondissement » de l’Union se fasse systématiquement sans les peuples, pire contre leur avis quand on daigne les consulter, et ce véritable scandale ne choque personne parmi nos dirigeants européens ni n’arrête cette machine infernale. Cette Union est mal née car elle repose au départ sur le mensonge. Nous pensons quant à nous qu’en Europe, l’histoire a façonné des nations qui, malgré leurs faiblesses, demeurent 
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