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L’euthanasie en marche

Editorial

Christophe Geffroy

Source :La Nef n°192 d'avril 2008
Le débat sur l’euthanasie relancé par la maladie et la mort le 19 mars de Chantal Sébire est un débat faussé qui ne se déroule pas à armes égales. Plus de trente ans après l’avortement, la méthode est la même, bien rodée, et fonctionne fort efficacement grâce à la complicité active ou tacite de quasiment tous les grands médias : elle joue sur l’émotion suscitée par des cas particuliers extrêmes pour faire passer une loi générale, hier en faveur de l’avortement, aujourd’hui de l’euthanasie, au nom d’une justice plus humaine, de la pitié même, laissant entendre par là que les adversaires d’une telle évolution – présentée comme inévitable – ne peuvent qu’avoir le cœur dur en étant insensibles à la souffrance et être d’indécrottables conservateurs.
Dans le cas présent, la manipulation est d’autant plus scandaleuse que la situation tragique de Madame Sébire était aggravée par le fait qu’elle avait refusé les secours de la médecine et des soins palliatifs. « Mme Sébire réclamait le droit pour son médecin de mettre fin à ses jours, car elle ne souhaitait ni se suicider ni accepter les traitements susceptibles de lui procurer un soulagement. Elle exigeait de la société (via la justice qu’elle a saisie) le droit au suicide » (1). Mais au nom de quoi la société devrait-elle assumer maintenant le suicide de ses membres au point d’y contribuer ? Ne voit-on pas le boulevard qui s’ouvre ainsi à tous les excès ? Certes, il peut être difficile d’empêcher une personne de se suicider, mais n’oublions pas que cet acte est un délit, ce qui signifie concrètement que ne pas essayer d’empêcher une personne de mettre fin à ses jours relève de non-assistance à personne en danger.

N’importe, il fallait profiter de l’émotion pour faire avancer la cause de l’euthanasie et le rouleau-compresseur médiatique n’a pas raté l’occasion. Ainsi, entend-on des sondages affirmant qu’une majorité de Français serait favorable à la légalisation de l’euthanasie, comme cela existe déjà chez certains de nos voisins (Pays-Bas et Belgique). Dans une étude publiée en mai 2005 dans Le Monde diplomatique, Suzanne Heim a montré qu’en avril 1941, le régime nazi, qui avait euthanasié en moins de deux ans quelque 70 000 pensionnaires d’établissements psychiatriques, avait obtenu « le consensus autour du meurtre des malades » : « Dans 80 % des cas, les proches sont d’accord ». Il est triste de devoir citer cette comparaison avec le nazisme, mais elle montre notamment que l’avis d’une opinion facilement manipulée sur des sujets aussi sensibles n’est pas toujours le meilleur critère pour légiférer – surtout à chaud !
L’homme n’est pas le maître de la vie et de la mort, et à chaque fois qu’il a essayé, cela s’est terminé tragiquement dans le sang. Dans une société d’hommes libres, il est nécessaire qu’il y ait des valeurs intangibles sur lesquelles se fonde la vie en commun, faute de quoi, inévitablement, la loi du plus fort finit par s’imposer. « Le fondement de ces valeurs, écrivait Jean-Paul II, ne peut se trouver dans des “majorités” d’opinion provisoires et fluctuantes, mais seulement dans la reconnaissance d’une loi morale objective qui, en tant que “loi naturelle” inscrite dans le cœur de l’homme, est une référence normative pour la loi civile elle-même. Lorsque, à cause d’un tragique obscurcissement de la conscience collective, le scepticisme en viendrait à mettre en doute jusqu’aux principes fondamentaux de la loi morale, c’est le système démocratique qui serait ébranlé dans ses fondements, réduit à un simple mécanisme de régulation empirique d’intérêts divers et opposés » (Evangelium Vitae, n. 70). Si la volonté humaine a tout pouvoir, si rien ne s’impose à tous, au bon comme au méchant, alors rien ne protège les plus faibles contre les excès des plus forts.

Dans le cas présent, la campagne en faveur de l’euthanasie révèle également à quelle absurdité conduit une société sans repère, matérialiste et hédoniste. Alors 
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