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L'euthanasie récusée

Chronique Vie

Pierre-Olivier Arduin

Source :La Nef N°223 de février 2011
C’était la première fois qu’un texte visant à légaliser l’euthanasie franchissait une telle étape. Le 18 janvier, la commission des affaires sociales du Sénat adoptait en effet une proposition de loi commune fusionnant les textes d’Alain Fouché (UMP), Jean-Pierre Godefroy (PS) et Guy Fischer (PC), trois sénateurs téléguidés par la virulente Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) dont ils n’ont jamais fait mystère de leur appartenance. La présidente de la commission, Muguette Dini, étant quant à elle « marraine » du même lobby du droit à la mort, ce qui en dit long sur l’objectivité des débats. Le pire n’est pourtant jamais certain. Une avalanche de prises de parole de médecins, bioéthiciens, évêques, parlementaires, ministres – le premier d’entre eux montant lui-même au créneau dans une tribune qui a marqué les esprits (1) – faisait plier la commission le 25 janvier qui sabordait dès le matin sa propre loi, avant même qu’elle ne soit débattue en séance publique. Le texte était définitivement balayé dans la soirée.
Le piège dialectique dans lequel les auteurs de la proposition de loi voulaient nous enfermer était parfaitement au point, le texte prévoyant d’autoriser une « mort rapide et sans douleur […] en cas de souffrance physique ou psychique insupportable ». Il s’agissait de nous faire croire une nouvelle fois que certains malades en fin de vie n’auraient d’autre alternative que subir l’acharnement thérapeutique et son lot de souffrances ou obtenir l’euthanasie qui les ferait paisiblement passer de vie à trépas.

Or, dire que nous sommes acculés à choisir l’un ou l’autre de ces deux termes est une imposture car précisément il existe une troisième voie, celle des soins palliatifs, qui respecte la dignité humaine en refusant obstination déraisonnable et piqûre mortelle. Assumant l’impuissance à guérir quand la pathologie est incurable, la médecine palliative est la condition d’une nouvelle puissance, celle d’offrir à la fin de vie le réconfort humain et compétent d’un accompagnement soignant qui jamais n’abandonne le malade. L’offensive pro-euthanasie de la commission des affaires sociales est d’autant plus impardonnable que l’accès aux soins palliatifs constitue désormais – comme l’a rappelé le Conseil d’État dans un rapport récent –, un droit individuel susceptible d’engager la responsabilité d’un établissement de santé s’il ne les délivrait pas à un patient qui en aurait besoin (2).
Un des piliers de la mise en œuvre de ce droit inédit est justement le traitement de la douleur, devenu un impératif législatif depuis que la France s’est dotée en 2005 d’une loi sur la fin de vie. À rebours de ce que prétendent les partisans de l’euthanasie, « aujourd’hui, presque toutes les souffrances peuvent être soulagées » (3). La France est par ailleurs le seul État au monde à avoir inscrit dans sa législation le principe du double effet pour légitimer l’administration d’un traitement analgésique au risque de précipiter la mort. Issu historiquement de la réflexion de saint Thomas d’Aquin, ce raisonnement est basé sur le fait que l’effet prévisible d’un acte – accélérer la fin de vie – n’est pas nécessairement son effet voulu – calmer une douleur rebelle. Jean-Paul II avait insisté particulièrement sur son importance dans la pratique des soins en fin de vie : « Il est licite de supprimer la douleur au moyen de narcotiques, même avec pour effet d’amoindrir la conscience et d’abréger la vie » (4).

Respecter la vie, c’est aussi savoir accepter la mort. Lorsque cette issue est envisagée, les professionnels des soins palliatifs savent pertinemment qu’ils n’ont jamais eu pour mission de prolonger l’agonie par des exploits techniques. Là encore, le rejet de tout acharnement thérapeutique qui s’exprime par le devoir des équipes soignantes de limiter ou arrêter des thérapeutiques inutiles ou disproportionnées est l’une des clés de lecture de la législation française que de nombreux 
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