La guerre civile libyenne s’achève. Même si le colonel Kadhafi est toujours libre, réfugié dans le sud du pays, son régime s’est écroulé et le gouvernement du Conseil national de transition est désormais unanimement reconnu, y compris par les États qui lui étaient hostiles au départ. Le premier ministre Erdogan se précipite à Tripoli pour faire oublier les errements antérieurs de la Turquie. Le président Sarkozy a voulu être le premier chef d’État étranger à être reçu par les nouveaux dirigeants. La position « en pointe » de la France depuis le début des événements lui a valu un accueil triomphal, dont il compte bien tirer un profit politique intérieur, à quelques mois de l’élection présidentielle, et économique, les entreprises françaises espérant recueillir les dividendes de cet engagement politique et militaire sans lequel la révolution n’aurait jamais pu triompher.
Cet engagement a suscité nombre d’interrogations, notamment chez les catholiques qui se sont demandé si les critères de la guerre juste étaient réunis. Contre ceux qui voient dans la révolte un nouveau fruit du « printemps arabe » devant conduire à l’émancipation des peuples du Maghreb et du Machrek, d’autres dénoncent un sordide calcul des pays nantis et spécialement des États-Unis, qui, sous couvert de croisade pour la démocratie, ne songent qu’à mettre la main sur les ressources pétrolières (1). La révolte n’aurait pas eu pour but d’abattre un dictateur, elle ne serait que la reprise de la rivalité traditionnelle entre la Cyrénaïque et la Tripolitaine, compliquée par des luttes tribales et par la résurgence des confréries islamistes. Le Vatican a condamné la guerre, mais il n’a fait, en l’occurrence, que réaffirmer la position constante de l’Église, qui préfère toujours la paix à la guerre, sans se prononcer expressément sur les données concrètes du dossier. On peut essayer de les préciser au regard des critères classiques de la guerre juste.
L’intention droite ? Les belles envolées sur les droits des peuples sont à géométrie variable : pourquoi intervenir en Libye et pas en Syrie ou au Yémen ? La géopolitique l’emporte sur les principes. En même temps, il est faux de prétendre que les États-Unis ont mené une guerre pour le pétrole. Kadhafi était rentré dans le rang et coopérait avec les compagnies pétrolières internationales, il ne représentait plus une menace pour l’ordre établi. D’ailleurs, les États-Unis se sont plutôt fait forcer la main par l’Europe et surtout par la France : on avait reproché à la diplomatie française, avec quelque apparence de raison, d’avoir été passive devant la révolution tunisienne et Nicolas Sarkozy a voulu redorer son blason en soutenant, avant tout le monde, la révolution libyenne. L’intention n’était ni vraiment droite, ni vraiment perverse. Légère tout au plus.
La réparation d’une injustice ? Kadhafi était-il un dictateur ? Oui, sans aucun doute, mais les dirigeants démocrates sont plutôt rares dans le monde arabe. Pire que les autres ? On ne doit pas oublier qu’il fut un acteur du terrorisme international, avec les attentats de Lockerbie, du DC10 d’UTA, de la discothèque de Berlin. Même s’il avait renoncé à l’action violente, il n’était pas devenu vraiment présentable, on se souvient de la bouffonnerie de sa visite en France. Il n’y a pas lieu de le regretter.
Reste le critère décisif : que la guerre ne débouche pas sur un mal plus grand que celui auquel elle est censée mettre fin. La guerre aurait entraîné 50 000 morts, ce qui n’est pas rien, et de multiples destructions : le grand canal du sud, fierté de Kadhafi, est très endommagé et il faudra au moins un an pour que la production pétrolière retrouve son niveau normal. Mais l’intervention de l’OTAN n’en est pas seule responsable. Le problème central est évidemment celui de l’avenir : qu’est-ce qui va succéder à Kadhafi ? Dans l’euphorie de la