L'horreur de la sélection
Pierre-Olivier Arduin
Source :
La Nef
N°219 d'octobre 2010
Le diagnostic préimplantatoire (DPI), comme le diagnostic prénatal (DPN), conduisent
à une sélection des humains dans l’œuf : de l’eugénisme à l’état pur ! Explications.
Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, la fécondation in vitro a retiré l’être humain à peine conçu de son habitat naturel, permettant d’en disposer en dehors du corps de la femme. En créant ce rapport de domination entre sujets producteurs et objet produit, la procréation artificielle ne pouvait qu’exposer l’embryon ainsi fabriqué à un contrôle qualité. N’importe quelle fécondation in vitro de routine donne lieu aujourd’hui à un classement du panel d’embryons obtenu selon des critères morphologiques dont les biologistes se servent pour extraire celui ou ceux qu’ils jugent meilleurs que les autres. En disqualifiant les êtres humains qui ne satisfont pas les normes émises par les sociétés savantes, on peut dire que c’est intrinsèquement et dès son invention que l’assistance médicale à la procréation (AMP) a louvoyé avec l’eugénisme.
Fort logiquement, l’idée fut ensuite de perfectionner cette première sélection jugée trop sommaire car basée sur des critères uniquement microscopiques. Comment cela ? En procédant à un examen et un tri génétiques rigoureux des embryons fécondés en laboratoire avant de les réimplanter dans l’utérus. Il s’agissait d’aller au cœur de l’ADN de l’individu pour identifier ses caractéristiques pathologiques. C’est ainsi qu’à la fin des années 80 fut mis au point le diagnostic préimplantatoire (DPI) par l’équipe du professeur londonien Alan Handyside, la méthode consistant à prélever une ou deux cellules sur un embryon âgé de trois jours qui en est pourvu de huit, afin de déceler une éventuelle anomalie de son patrimoine génétique (1).
Contrairement à ce que le public pense parfois, la fécondation artificielle est donc non seulement utilisée pour contourner l’obstacle de la stérilité, mais encore pour trier des embryons lorsqu’un couple fertile « du fait de sa situation familiale a une forte probabilité de donner naissance à un enfant atteint d’une maladie génétique d’une particulière gravité reconnue comme incurable au moment du diagnostic » (2).
Technique et eugénisme
Conscient du potentiel eugéniste considérable que recèle la technique, le législateur français l’a inscrite « à titre exceptionnel » dans la première loi de bioéthique de 1994, afin de répondre à des cas « strictement contrôlés » où une seule maladie génétique héréditaire préalablement identifiée chez les parents est recherchée sur l’embryon. Pourtant, même s’il n’existe à ce jour « que » 300 demandes annuelles et même si les pouvoirs publics nous répètent que ce diagnostic biologique est parfaitement « encadré », il est difficile de ne pas en prévoir les dérives inévitables si la logique qui le gouverne demeure l’alliance d’une discrimination par le gène et de l’efficience technique.
Le professeur Jacques Testard, biologiste de la reproduction de renommée mondiale, en est tellement convaincu qu’il avait demandé aux responsables politiques qu’on s’abstienne de l’inventer (3). C’est que, par essence, le tri d’embryons par DPI est porteur d’une puissance considérable de traque des anomalies humaines qui ne peut qu’exacerber la pression « normative » qui s’exerce sur la reproduction humaine. Aucun argument de fond ne permet de dire : « allons seulement jusqu’à ce point mais pas plus loin », le DPI ayant une tendance irrépressible à dépasser toutes les barrières censées le contenir. L’évolution actuelle donne totalement raison au « père » du premier bébé-éprouvette français.
Un premier glissement s’est opéré dans l’appréciation de la « gravité » ou de l’« incurabilité » des handicaps recherchés. La Grande-Bretagne a récemment donné son feu vert au tri d’embryons dans le seul but d’éviter la transmission d’une forme héréditaire de strabisme, un handicap pourtant opérable. Près de