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L'identité en débat

Editorial

Source :La Nef n°210 de décembre 2009
Le gouvernement a lancé une vaste consultation sur « l’identité nationale » en envoyant aux préfets, chargés d’organiser les débats à l’échelon local, un « guide » qui propose quelque deux cents questions. Pas moins ! Étrange procédure en vérité, qui révèle surtout combien cette identité ne va plus de soi aujourd’hui. Il faut vraiment que la France soit tombée bien bas pour qu’on en arrive à s’interroger sur ce qu’elle est. La réponse, au demeurant, est loin d’être facile et univoque, car la notion même d’identité renvoie, pour une personne comme pour une nation, à son être même. L’identité est une réalité qui se vit – qui change donc aussi forcément –, plus qu’elle ne se définit. L’être d’une personne est indissociable de sa vie, de son passé, mais il ne se limite pas qu’à cet aspect, son être profond s’exprimant surtout par son âme, qui est réfractaire à toute description purement rationnelle. Par analogie, l’identité d’une nation est forgée par son histoire, par le « vivre ensemble » de citoyens engagés dans un destin commun. Et il y a aussi son « âme », difficile à cerner, qui exprime le fondement de l’unité d’un peuple, ce qui le caractérise dans une volonté commune de perdurer en tant que nation.

Ces considérations, dont j’ai conscience qu’elles peuvent paraître bien abstraites, nous conduisent cependant à un constat : « l’identité nationale » intègre toute l’histoire de France, depuis les Gaulois, Clovis, les rois, la Révolution jusqu’à la Ve République. On ne peut faire un tri entre ce qui nous plaît et ce qui nous déplaît, pas plus qu’on ne peut réécrire le passé que nous voudrions changer. La France, c’est à la fois la monarchie et la république, le christianisme et les Lumières, Vichy et la Résistance. Cela ne signifie pas, bien évidemment, que tout soit à mettre sur le même plan. Il est légitime d’insister davantage sur le meilleur, de regretter le pire, mais non de faire qu’il n’ait pas eu lieu. Quand on englobe la totalité de l’histoire de France sans arrière-pensée idéologique, on perçoit mieux certaines grandes lignes : l’imprégnation du christianisme, d’abord, qui forme ses racines les plus profondes – ce n’est pas pour rien que la France a été qualifiée de « fille aînée de l’Église » – et qui a poussé nos élites à être aux avant-postes de la pensée ; la France a été l’un des pays les plus missionnaires au monde, aussi bien pour répandre la foi que des idéologies plus ou moins délétères ; le constant souci d’indépendance de nos rois, ensuite, qui ont cherché inlassablement à former l’unité du « pré carré » sans cette volonté hégémonique propre aux empires : la France a toujours eu de ce fait une vocation à favoriser les équilibres géopolitiques. Tout cela permet de comprendre pourquoi le pape Jean-Paul II avait merveilleusement résumé notre vocation : « France, éducatrice des peuples ».

Mais aujourd’hui, pourra-t-on rétorquer, la déchristianisation est très avancée et l’immigration – en grande partie musulmane – change la physionomie du pays. On se souvient que l’historien Jean de Viguerie avait diagnostiqué la mort de la France (1) et Jean Raspail lui avait emboîté le pas dans un retentissant article du Figaro (2). Si elle était soumise demain à la loi musulmane, serait-elle encore la France ? Certes, les civilisations sont mortelles, l’histoire l’a montré avant Paul Valéry, et rien ne nous assure infailliblement de la pérennité de nos vieilles nations européennes, mais devait-on diagnostiquer la mort de la France en 1941, à un moment où bien peu croyaient encore en son destin, ou en 1420 après le funeste traité de Troyes qui livrait le royaume à l’occupant anglais ? La différence, jadis, est que le danger venait principalement de l’Europe, donc d’une même civilisation chrétienne que la nôtre. Cela était vrai pour la France, mais n’oublions pas qu’une partie non négligeable de l’Europe a longtemps vécu sous la menace musulmane et que l’Espagne 
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