Comme chacun sait, la Chine est devenue la deuxième puissance économique du monde, ayant dépassé en 2010 le Japon. Avec 1,3 milliard d’habitants, elle représente 20 % de la population mondiale ; tout cela est très joli, mais on oublie de rappeler que le PIB par habitant est en Chine de 4280 dollars, et que celui du Japon comme celui de la France ou de la RFA est supérieur à 40 000 euros. Quels que soient les progrès accomplis par la Chine, cette pauvreté de la population est quand même à prendre en compte, ce qu’oublient un peu trop les sinologues. Et la Chine, en raison de sa politique d’enfant unique, est un pays plus âgé qu’on ne croit. Dans dix ans, la pyramide des âges de la Chine sera celle de la France d’aujourd’hui.
Au fond, il y a trois Chines. La Chine côtière, dont le PIB par habitant ne dépasse pourtant pas 5500 dollars. Elle compte 40 % de la population sur 14 % du territoire : c’est la région riche, avec ses conurbations, Pékin, Shanghai, Hongkong et Canton, qui s’est considérablement développée depuis 20 ans. Puis il y a la zone intermédiaire qui recouvre les territoires de la vieille Chine qui représente 30 % du territoire avec 600 millions d’habitants et un PIB de 3000 dollars. Enfin, il y a le reste de la Chine : 53 % de superficie et à peine 10 % de la population totale. C’est là que l’on retrouve les minorités tibétaines ou turcophones de l’Ouest. L’État chinois cherche à les développer car ces régions sont riches en ressources minières. Ici, la Chine renforce sa mainmise sur des territoires, rappelons-le, chinois depuis des siècles.
Ses besoins en ressources minières et énergétiques ne cessant de croître, la Chine s’est tournée vers l’Afrique. De fait, la Chine est devenue en dix ans le deuxième partenaire commercial de l’Afrique, après les États-Unis ; elle dépasse la France. En dix ans, la Chine a investi plus de cinquante milliards de dollars en Afrique, et elle a été bien accueillie, au moins au début. La Chine, en effet, a eu la bonne idée de refuser toute ingérence dans ces demi-dictatures qui dominent l’Afrique. Son implantation économique s’appuie sur une implantation culturelle. C’est le rôle des instituts Confucius, dont le problème essentiel est de contribuer à la formation technologique des Africains travaillant dans les entreprises chinoises. La Chine construit des barrages au Sénégal, en Guinée, au Ghana, au Soudan et en Éthiopie. Elle est en fait très présente dans trois régions, en Afrique du Nord, en particulier en Algérie, où on compte plus de 100 000 Chinois. Certes, ils sont mal vus de la population, car dans les entreprises de construction qu’ils animent, ils considèrent la main-d’œuvre algérienne comme trop inefficace. Ils aménagent des voies ferrées, se fournissent en pétrole au Soudan, en Algérie, au Gabon et ont construit un oléoduc allant des gisements de pétrole du Soudan à la Mer Rouge. On trouve des Chinois dans la Corne de l’Afrique, autour des Grands Lacs et en Afrique du Sud. Ils gèrent les mines de bauxite de Guinée et tiennent une place considérable au Zimbabwe, où ils se substituent aux Occidentaux qui condamnent le système Mugabe à Harare.
Tout cela fait de la Chine une puissance coloniale, mais elle gère ses investissements à la chinoise. Le régime pour les travailleurs est le régime chinois et n’a rien à voir avec les traditions locales ou même importées par les Européens. On ne respecte guère l’environnement dans les régions qu’on exploite, pas plus que les législations locales sur le travail.
En réalité, tout cela n’est pas gratuit, les États africains qui se libéraient peu à peu de la dette à l’égard des anciens colonisateurs, sont à nouveau fortement endettés dans un nouveau cycle. La Chine, demeurée marxiste dans sa vie politique et intellectuelle, est simultanément capitaliste en Asie et développe en Afrique un ultra-capitalisme qu’aucun État colonial n’avait pratiqué. Sans oublier une présence militaire qui