Recherche
  • Accueil
  • Archives de la Nef
  • Politique
  • Social, économie

L'Institut Montaigne

Pierre-Dominique Cochard

Source : La Nef N°297 de novembre 2017
L’Institut Montaigne, Think Tank – groupe d’experts selon le Larousse.fr – est méconnu du grand public français. Moins puissant que son homologue américain, The Heritage Foundation, il n’en exerce pas moins une influence déterminante sur les débats et programmes, politiques, économiques et sociétaux. Il n’est pas excessif de le qualifier de « fabrique de prêt-à-penser » du libre-échange planétaire.

Créé en 2000 sous forme d’association Loi 1901 par l’assureur Claude Bébéar, que ses pairs grands patrons ont longtemps reconnu comme leur « Parrain », l’Institut Montaigne, sis 59, rue La Boétie… est fort de ses 18 permanents et de ses 190 publications. Son budget annuel avoisine les 3 millions d’euros. Il affiche son « indépendance » vis-à-vis de ses 117 entreprises adhérentes, dont chaque contribution est limitée à 2 %. Le tour de table comporte la fine fleur du CAC 40 et des groupes internationaux, d’A comme Airbus et AXA, à W comme Wendel, en passant par nombre de banques, dont les leaders à capitaux privés de la banque d’affaires et de la gestion de fortune, les cousins Rothschild ainsi que Lazard Frères.

LIBRE-ÉCHANGE PLANÉTAIRE
Les travaux de l’Institut Montaigne, indéniablement de qualité, reflètent et propagent la vision de leur propre approche du « nouvel ordre mondial » (cf. Rapport d’activités 2016, p.& 8200;13 et suivantes). Les intitulés des colloques et rapports parlent d’eux-mêmes. Quelques exemples : « L’Europe centrale et orientale, à l’avant-garde du populisme ? » (Colloque, 23 novembre 2016). « Traité transatlantique, pourquoi persévérer » (Note, octobre 2016). « Discriminations religieuses à l’embauche : une réalité » (Étude, mars 2015). « Le numérique, pour réussir dès l’école primaire » (Rapport, mars 2010).

« Un islam français est possible » : dirigée par Hakim El Karoui, l’étude de septembre 2016 ne tourne pas autour du pot. Elle a interpellé plus d’un média mainstream. Pour une large part des jeunes musulmans (28 % ou 12 % selon la méthode de calcul) l’islam est « l’outil de rébellion contre la société française et l’Occident en général ». Dommage que les propositions soient empreintes de naïveté (je n’ose imaginer du machiavélisme sur un tel sujet).

C’est avec l’ouvrage Un autre droit du travail est possible. Libérer, Organiser, Protéger, publié en mai 2016 chez Fayard, que se révèle le mieux l’influence de l’Institut Montaigne auprès des politiques et responsables de la droite républicaine et de La République en Marche. Les techniciens de l’équipe Fillon et ceux du team Macron ont largement puisé dans les recommandations des auteurs Bertrand Martinot et Franck Morel. C’est particulièrement vrai s’agissant des textes qui ont inspiré le nouveau Code du Travail.

CAPITALISME DE CONNIVENCE
L’Institut Montaigne, « fabrique française de prêt-à-penser », a la tâche d’autant plus facile que ses responsables jouent du capitalisme de connivence. Son directeur, Laurent Bigorgne, est un intime du président Macron. Pour l’anecdote, son épouse a même hébergé la première adresse de La République en Marche. Son président, le comte Henri de La Croix de Castries, très proche de François Fillon, est en soi une énigme. L’ancien président du premier assureur mondial, AXA, de 2000 à 2016, descend d’une aristocratique lignée de militaires et d’administrateurs. Catholique engagé, son libéralisme sociétal le porte à être en janvier 2015 le premier sponsor d’une étude mondiale centrée sur « la culture inclusive pour les collaborateurs LGBT ».

Son mondialisme assumé le conduit jusqu’à la présidence du très exclusif et très secret Groupe de Bilderberg. Chaque année, début juin, dans le cadre fermé d’un hôtel 5 étoiles, 130 décideurs de la planète discourent sur « l’état du monde »… globalisé. Pas de couverture presse – les seuls journalistes conviés le sont à titre personnel. Les participants 
Page 1 sur 2 1 2 »