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L'Iran entre USA et Russie

Chronique internationale

François-Georges Dreyfus

Source :La Nef n°203 d'avril 2009
En général, quand on parle de l’Iran, on oublie un certain nombre d’éléments qui donnent à cet État un caractère à part. À la différence des États artificiels que sont l’Irak, la Syrie ou la Jordanie, tous trois nés en 1920, l’Iran est une très vieille nation dont on a pu célébrer les 2500 ans d’âge. Généralement on oublie aussi que l’Iranien n’est pas un sémite, même s’il utilise l’alphabet arabe. Le fonds de la population iranienne est indo-européen. Cela explique le mépris de l’Iranien moyen face aux Arabes. Enfin, l’Iran, dans le monde musulman, est un État à part, du fait qu’il appartient dans sa grande majorité à la communauté chiite.

Sans doute du fait de la médiocrité des deux dynasties qui se sont succédé depuis la fin du XVIIIe siècle, l’Iran – alors appelé Perse – est victime de ses voisins russe et britannique qui se partagent des zones d’influence en 1907. La chute du tsarisme fera de la Perse un quasi-protectorat britannique.

À l’influence anglaise succède, après 1945-1947, une influence américaine qui élimine les velléités d’indépendance politico-économiques du Président Mossadegh. Comprenant mal la culture iranienne, les États-Unis, obnubilés par le pétrole, font de l’Iran un protectorat américain. Le shah engage alors son pays dans une modernisation à l’occidentale. Mais face à l’autoritarisme impérial marxiste du Parti Toudeh, classes moyennes, religieux intégristes s’allient pour renverser le Shah qu’abandonnent les États Unis (1979). C’est la haute hiérarchie chiite animée par l’Ayatollah Khomeiny réfugié en France où il est protégé par Giscard d’Estaing qui prend le pouvoir et le garde jusqu’à aujourd’hui. Se met en place un régime assez particulier, une théocratie démocratique.

Le pouvoir en Iran n’est pas de type monarchique : il est partagé entre trois institutions, le successeur de l’Ayatollah Khomeiny, le Guide de la Révolution, un Conseil de discernement que préside Rafsandjani, ancien président réformateur, et le Président de la République, élu au suffrage universel, Armadinejad. Mais on ne peut négliger le poids du clergé chiite.

La crise iranienne a des causes multiples. La chute du Shah a entraîné un conflit diplomatique grave avec les États-Unis dont l’ambassade sera pendant plusieurs mois une véritable prison pour les diplomates américains qui étaient considérés comme otages. Cela a amené les États-Unis à fermer les yeux devant la tentative de Saddam Hussein de mettre la main sur les riches zones pétrolifères de l’Ouest iranien. Cela conduit à une guerre de dix ans qui va renforcer l’unité des Iraniens.
Ce qui constitue le poids de l’Iran, ce sont ses ressources économiques, le pétrole et d’autres minerais. Le pétrole iranien a été l’objet de toutes les convoitises des pétroliers anglo-saxons avant d’être nationalisés par Mossadegh, puis par Khomeiny. Le pétrole est un des plus importants facteurs de crise du Moyen-Orient. Comme le rappelle A. Pertuzio dans Géostratégiques, le détroit d’Ormuz, à la sortie du Golfe Persique, est facile à bloquer par les Iraniens en cas de conflit ; or, « 40 % de la consommation pétrolière mondiale transite par ce détroit au débouché d’une région où se trouvent 20 des 28 points de chargement du Moyen-Orient ».

Le problème iranien se complique pour trois raisons. Tout d’abord il a laissé faire – sinon soutenu – toute une série de mouvements révolutionnaires fondés sur une vision intégriste de l’Islam, en particulier le Hezbollah, même si ses liens avec Al quaida sont loin d’avoir l’importance qu’on leur donne. Ensuite l’Iran tend à devenir une puissance nucléaire de manière à préserver ses propres réserves d’hydrocarbures. Mais il envisage très vraisemblablement d’utiliser ses centrales nucléaires pour se doter d’un armement nucléaire qui, à l’occasion, pourrait servir contre Israël ; État musulman radical, l’Iran a plusieurs fois annoncé sa volonté de faire disparaître l’État d’Israël. Enfin, l’Iran joue 
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