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La Chine, force et faiblesse

International

Dreyfus François-Georges


Source : La Nef n°212 de février 2010
La Chine est devenue la deuxième puissance économique du monde avec un PIB désormais supérieur à celui du Japon. Au XXe siècle avant notre ère jusqu’à 1840, la Chine a été une grande puissance. La Chine d’aujourd’hui s’appuie sur un empire au passé millénaire, à la civilisation brillante, sur des mentalités religieuses demeurées solidement ancrées. Le déclin de la dernière dynastie va faire éclater la Chine. Entre 1840 (guerre de l’Opium) et 1880, elle est quasiment partagée entre la France, la Grande-Bretagne, le Japon et les États-Unis. La première République chinoise sera impuissante devant cet état de fait qui ne disparaîtra qu’après la capitulation du Japon en août 1945. La révolution maoïste en 1949 mettra en place un État marxiste totalitaire, mais la mentalité chinoise ne sera pas aussi bousculée que l’aurait voulu Mao par la révolution culturelle. Le confucianisme se maintiendra, continuant à inspirer le droit chinois. La tradition repose sur trois éléments : le système mandarinal, l’existence d’un consensus selon lequel il ne faut pas chercher à sauver l’homme mais à protéger l’harmonie sociale. Au reste, on ne doit rien à l’inconnu : ce qui compte, ce sont les liens forts avec la famille, la communauté villageoise, la communauté d’entreprise.

Le maintien du principe mandarinal, c’est que les fonctionnaires, les dirigeants sont toujours nommés d’après le mérite même quand ils sont élus. Au fond, la Chine d’aujourd’hui reste attachée au principe impérial, l’empereur étant remplacé par le Secrétaire Général du Parti communiste. La victoire des successeurs de Mao a été de maintenir le système autoritaire en libéralisant l’économie. Les chinois ont réussi là où Andropov et Gorbatchev ont échoué.

Au fond, la Chine est un État à trois vitesses : une zone côtière riche et développée, un centre qui cherche à rattraper son retard, et la troisième Chine essentiellement rurale qui groupe vraisemblablement la moitié de la population qui reste pauvre, parfois même très misérable. Quels que soient les espoirs d’une intelligentsia occidentalisée et des défenseurs des droits de l’homme occidentaux, la Chine a toutes les chances de demeurer encore un certain temps un État totalitaire dans lequel le Parti détruit dans l’œuf toute velléité d’association, et où les médias sont soumis à l’autocensure.

La Chine d’aujourd’hui dispose de plusieurs atouts. Le peuple chinois est un peuple intelligent et 1,3 milliard d’hommes, cela compte. Cette population, c’est tout autant de clients : même si l’on ne compte que les Chinois des classes moyennes et supérieures, c’est 400 millions de personnes, soit autant que l’Union européenne tout entière.

Mais la Chine est fragile. Elle est trop peuplée, malgré les tentatives gouvernementales de réduire le nombre de naissances. D’autre part, elle a des besoins de toutes sortes. La moitié de ses sources d’énergie viennent de l’extérieur, Moyen-Orient (essentiellement l’Iran), Afrique (Angola, Nigeria, Soudan), Communauté des États indépendants (Russie, Kazakhstan, Turkestan). Elle manque des minerais nécessaires à l’industrie, ce qui explique l’intérêt qu’elle porte aux États africains, qu’elle n’hésite pas à exploiter dans tous les sens du terme.
Tout cela pose le problème du néo-impérialisme chinois. Il existe depuis des siècles. Dès le XIIIe siècle, Tibet et Vietnam du Nord, Sibérie Orientale (Vladivostok) sont des territoires chinois tout comme Taïwan. Tout cela a amené la Chine à développer sa puissance militaire, et à se doter de forces armées disposant de fusées et de missiles à longue portée. L’armée chinoise est la plus importante au monde, mais elle dépense, dit-on, infiniment moins que les États-Unis pour sa défense. De plus, la Chine d’aujourd’hui veut contrôler l’évolution politique de l’ensemble de l’Asie. Elle domine le système de Shangaï. Au nord, la Sibérie riche de ressources et sous-habitée (5 habitants au km2) est 
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