« Éveiller les vocations »
Le voyage de Benoît XVI à Cuba est l’occasion de découvrir le bel apostolat de la Communauté Saint-Martin qui compte trois prêtres et un diacre sur l’île. Leur évêque leur a demandé de faire de l’éveil des vocations leur priorité. Entretien avec l’abbé Jean-Yves Urvoy, prieur.
La Nef – Benoît XVI était à Cuba du 26 au 28 mars après être allé au Mexique : quelles étaient les raisons de ce voyage ?
Abbé Jean-Yves Urvoy – L’Église de Cuba fête cette année les 400 ans de « l’invention » de la statuette de la Vierge de la Charité du Cobre (Cobre = cuivre en espagnol, le sanctuaire étant sis à proximité d’une mine de cuivre aujourd’hui désaffectée).
En 1512, en effet, trois jeunes Cubains (noirs et métis) trouvèrent, flottant sur les eaux dans la Baie de Nipe (côte nord de Cuba), une petite statuette en bois de la Vierge. Très certainement cette statuette était tombée d’un galion espagnol naufragé. Une inscription portait : « Yo soy la Virgen de la Caridad », « je suis la Vierge de la Charité ».
Les évêques de Cuba ont proclamé pour cette année un Jubilé marial, à l’occasion duquel ils ont invité le Saint-Père. La nouvelle de la visite a cependant été une grande surprise, Cuba étant un petit pays (11 millions d’habitants sur l’île, 3 millions dans la diaspora), et le pape ayant déjà décliné d’autres invitations de pays de cette région du monde.
Très certainement le choix de ce voyage a des résonances symboliques et médiatiques fortes. Depuis 50 ans, et l’avènement du régime castriste, Cuba est plus qu’un pays, le symbole de l’Amérique latine révolutionnaire et « bolivarienne ». Visiter Cuba et affermir l’Église qui y vit, c’est proclamer que l’Évangile est plus fort que toutes les idéologies qui ont cru promouvoir l’apparition d’un homme nouveau sans Dieu.
Quelle est la situation de l’Église cubaine que le pape a visité ?
C’est une Église pauvre et fragile. Pauvre d’abord en moyens humains, prêtres, religieux et missionnaires laïcs. Aujourd’hui il y a 300 prêtres au total, 150 Cubains et 150 étrangers, ce qui est à peu près 10 fois moins qu’en France, proportionnellement.
Les catholiques représentent à peu près 50 % de la population, mais la pratique dominicale ne dépasse pas 1 %. Les fidèles, dans leur écrasante majorité, ont commencé ou recommencé à fréquenter l’Église il y a moins de 15 ans. Ainsi il y a beaucoup de jeunes mais aussi une grande fragilité : les fidèles n’ont pas des habitudes très ancrées, très enracinées.
Pauvre matériellement aussi, puisque c’est une Église qui vit dans la dépendance économique. Conséquence de la pauvreté des fidèles, le denier du culte est inexistant, les offrandes de messe et casuels sont symboliques.
L’Église de Cuba survit grâce aux aides de l’Église de Miami (la majorité des Cubains en exil y vivent), l’Aide à l’Église en détresse (AED), Adveniat (autre organisation allemande dédiée à l’aide à l’Église d’Amérique latine), l’Ordre de Malte…
Quelle a été la persécution de cette Église par le régime communiste cubain et où en sont les rapports de l’Église avec lui aujourd’hui ?
Fidel Castro a pris le pouvoir, au terme d’une guérilla de trois ans, avec le soutien d’une bonne partie de la population et de l’Église catholique. En tant qu’ancien élève des Jésuites de La Havane, il se présentait comme un révolutionnaire modéré, qui saurait mettre en œuvre les principes de la doctrine sociale. De plus il adhérait au Parti dit Orthodoxe, anticommuniste.
Mais très rapidement après sa prise du pouvoir, le 1er janvier 1959, ses intentions réelles se manifestent : établissement du caractère socialiste de la Révolution, appui de l’Union Soviétique, épuration des cadres non communistes, détérioration des rapports avec l’Église, jusqu’à la confiscation, en