La crise que traverse aujourd’hui la Belgique a une raison toute simple. Ce royaume est un État pontifical fondé en 1830 par les grandes puissances européennes qui ne voulaient pas que la France réunisse à elle des provinces dont la délimitation avait été faite en 1795, quand la Belgique annexée à la République avait été découpée en départements, délimitation qui perdure aujourd’hui !
La révolution belge de 1830 est fille de la Révolution de juillet à Paris et elle fut l’œuvre d’une bourgeoisie francophone qui va dominer le Royaume au moins jusqu’en 1940, marginalisant un monde flamand alors pauvre, au point qu’il faudra attendre les années 1920 pour qu’on puisse enseigner en flamand à l’université de Gand (Gent). Avant 1830, la Belgique n’existe pas : il y a une Flandre, fief de la France, jusqu’à la mort de Charles le Téméraire (1477), une Belgique bourguignonne puis espagnole (les Pays-Bas espagnols, sauf l’évêché de Liège indépendant, devenus autrichiens à partir du Traité d’Utrecht), française de 1795 à 1814, enfin néerlandaise (1814-1830).
La Belgique indépendante va jusque vers 1950 être dominée par les francophones (80 % des premiers Ministres, de 1918 à 1950, sont des Wallons). Il y a à cela plusieurs raisons : d’abord le français est la langue officielle du Royaume, ensuite le poids de l’aristocratie et de la grande bourgeoisie francophones, enfin l’économie belge est alors fondée sur le charbon, qui se trouve dans la vallée wallonne de la Meuse. Ce poids wallon tend à marginaliser le monde flamand qui, pendant longtemps, n’est défendu que par le clergé catholique. Marginalisés, les Flamands plus que les Wallons collaborent assez souvent avec l’occupant allemand aussi bien en 1914-1918 que de 1940 à 1944. La seule Flandre fournira plus de 10 000 hommes à la Waffen SS, les Wallons seulement 5000, la France tout entière (Légion antibolchevique incluse) moins de 5000 !
La rupture entre Wallons et Flamands est d’abord politique, la Wallonie étant plus laïque et plus facilement socialiste que la Flandre. Elle est économique : jusque vers 1960 la prospérité belge vient du charbon, de la sidérurgie, de l’industrie chimique après 1960, la crise charbonnière fait que l’épicentre économique du Royaume passe de la ligne Liège-Namur au triangle Anvers-Gand-Bruges.
Politiquement, la Wallonie a contribué fortement au conflit lorsqu’après la guerre, un référendum rétablit très majoritairement le Roi Léopold III sur le trône. Les Wallons s’y opposent et à la suite de rudes manifestations obligent le Roi à abdiquer en faveur de son fils Baudouin. Les Flamands, alors attachés à la monarchie, ne pardonnent pas leur attitude aux Wallons qui, d’ailleurs, sont en sous-main soutenus par la maçonnerie et les socialistes français.
Depuis les années 1960, la Flandre connaît une grande prospérité économique et son niveau de vie est supérieur de 30 % à celui de la Wallonie. De ce fait, les Flamands riches financent le chômage et le déficit du régime social d’une Wallonie gouvernée par des socialistes de gauche, de surcroît souvent malhonnêtes, incapables de restaurer l’économie de ces provinces.
Peu à peu, l’État belge s’est transformé en un État fédéral, avec trois entités politiques, Bruxelles, la Flandre et la Wallonie, sans compter la zone germanophone d’Eupen-Malmedy qui a un statut particulier. Ces dernières années s’est développé en Flandre un parti nationaliste, à côté du parti autonomiste à tendance catholique sociale, qui souhaite l’indépendance de la Flandre. Il est vrai que, à la suite des premières révisions constitutionnelles, il n’y pas de Parti social chrétien belge, ou social-démocrate ou libéral mais autour de chaque idéologie un parti flamand, un parti wallon et un parti bruxellois. D’autre part, depuis 1962 existent des frontières linguistiques : dans une commune de l’agglomération bruxelloise en zone soi-disant flamande, le conseil municipal composé aux 4/5 de