Pendant que Delanoë, Royal et consorts font assaut d’amabilité auprès des musulmans lors de la rupture de leur sorte de jeûne ramadanesque, qui parmi les hommes politiques français, si prompts à flatter bassement la jeunesse en d’autres lieux, en d’autres occasions, généralement quand elle brûle des voitures, s’est rendu à Madrid ? Christine Boutin, bien seule, a osé franchir le Rubicon et commenter l’événement – en termes élogieux.
Ce désintérêt de la classe dominante pour notre foi est remarquable : il est aussi, finalement, providentiel. Non pour ses membres certainement, et rien ne nous interdit de prier pour leur salut, mais pour l’Église : nous voici définitivement délivrés du fatum de la contrainte politique qu’exerce un régime faux, et faux dans sa métaphysique, dans sa morale, dans ses théories et pratiques sociales comme économiques, sur le pays. On se souvient comment en 2007 se divisa la minorité catholique consciente devant le vote Sarkozy : parce que l’aigrefin avait confié de sentimentales banalités sur ses croyances personnelles à un dominicain ambitieux ; parce que sa plume exceptionnelle avait su invoquer saint Michel, Jeanne d’Arc et quelques autres, parmi nous certains avaient succombé au charme étrange de cet agité du bocal. Maintenant les rêves se sont dissipés « comme un fantôme qui, nous procurant quelque espèce de contentement pendant qu’il demeurait avec nous, ne nous laisse ne nous quittant que du trouble », tel que l’annonçait Bossuet.
Mais que de temps perdu. Que d’eau, que d’eau saumâtre il nous a fallu boire dans cette coupe dont la lie jamais ne finit. Et encore une fois il est à craindre que le peuple catholique français qui ne se résigne pas à n’être plus conservateur parce qu’il est dénué d’imagination se soumette au diktat du bulletin de droite, qui sauvera, croit-il, la valeur de ses emprunts russes. Ce genre d’électorat qui a Marx en horreur lui donnera une fois encore raison en pratiquant le vote de classe. Parce que la classe aujourd’hui, plus que jamais, ce n’est que l’argent. Et qui a mis une fois le doigt dans l’engrenage du saint Marché (priez pour lui) n’en sortira plus. Le libéralisme solipsiste a posé comme adage premier qu’il est à lui seul son propre remède : il a créé un monstre spéculatif ? N’ayez crainte : il va réduire la dette des États, c’est-à-dire briser les derniers mécanismes redistributifs, c’est-à-dire ruiner un peu plus les pauvres. De la crise des subprimes à la crise de l’Euro en passant par la crise des dettes souveraines, le seul personnage récurrent que l’on puisse identifier s’appelle le spéculateur. Mais n’allez pas croire bêtement qu’il soit le coupable. Le coupable, c‘est l’État, ce sont les nations, les paresseux du sud de l’Europe, les ouvriers chinois et peut-être le pape et ses curetons pédophiles.
Parlons-en du pape, d’ailleurs, celui qui aux JMJ a déclaré que « l’économie ne peut pas fonctionner uniquement selon une autorégulation mercantile, (qu’)elle a besoin d’un fondement éthique ». Celui qui s’adressant aux universitaires a rappelé ceci encore : « L’université incarne, donc, un idéal qui ne doit pas perdre sa vertu ni à cause d’idéologies fermées au dialogue rationnel, ni par servilité envers une logique utilitaire de simple marché, qui voit l’homme comme un simple consommateur. » Celui qui a enseigné aux séminaristes « le détachement des biens de la terre, la sobriété de la vie, l’obéissance sincère et sans dissimulation ». Celui qui enfin a confié aux jeunes ce secret de Platon : « Cherche la vérité tant que tu es jeune, parce que si tu ne le fais pas, ensuite elle t’échappera des mains ».
Nous ne sommes pas papolâtres, mais nous aimons la vérité : et qui d’autre que lui nous la donnera aujourd’hui, si juste, si vraie, si fine, si à-propos, mêlant à son autorité pontificale sur les questions de foi et de morale avec tant de