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La fin du Saint Empire romain germanique

Michel Toda

Source :La Nef n°173 de Juillet-Août 2006
Le Saint Empire romain germanique a définitivement cessé d’exister le 6 août 1806 : François II de Habsbourg-Lorraine, cent vingtième successeur d'Auguste, renonce à son titre, sanctionnant l’effacement du rêve le plus long de l'histoire. Remémoration.


Quand, le 4 septembre 476, le Skyrre Odoacre, maître de la milice, prit la place du dernier empereur romain d’Occident, à Constantinople régnait un autre empereur romain que ce geste, accompagné de l’honnête renvoi des insignes impériaux, réintégrait dans sa fonction souveraine étendue à tout l’Empire. Au vrai, quoique cet empereur redevenu unique conservât un grand prestige aux yeux des chefs barbares qui s’étaient taillés des royaumes en Gaule, en Espagne, en Afrique, en Italie, quoiqu’il réclamât toujours sur eux des droits de suzeraineté, par les territoires qui relevaient de lui, il faisait un peu figure de monarque exotique (même si, lorsqu’il se nommait Justinien, il s’était lancé dans la reconquête – partielle et éphémère – de l’Occident).
Cependant, l’irréversible éloignement du Basileus hellénisé, champion naturel de l’idée impériale, n’avait pas entraîné, dans les milieux ecclésiastiques d’entre Seine et Loire, un oubli résigné de celle-ci. On y rêvait de la fusionner avec la royauté franque, convertie, depuis Clovis, au catholicisme, et seule assez forte pour restaurer l’empire chrétien sous le sceptre d’un nouveau Constantin. Finalement, à la Noël de l’an 800, Charlemagne, parvenu au sommet de la puissance, fut couronné et proclamé « Auguste » par le pape Léon III dans la basilique Saint-Pierre de Rome. Humiliation sensible pour Byzance ! Et, selon elle, négation de l’idée impériale ! Car à l’époque où l’empire romain s’était scindé entre empire d’Occident et empire d’Orient, chacun doté de son souverain propre, la fiction subsistait de l’unité maintenue. Aujourd’hui, il y avait, évidemment, deux empires, indépendants l’un de l’autre. Ce dont le Palais-Sacré dut, à contrecœur, s’accommoder.
Une question néanmoins se pose : que signifiait pour Charlemagne la notion d’Imperium Romanum ? Le partage auquel, en 806, comme jadis les Mérovingiens, il procéda, sous forme de testament, entre ses fils, incite à penser qu’il ne voyait dans le titre impérial qu’une dignité toute nominale, personnelle et viagère. Certes, le hasard, en ne laissant à sa mort qu’un héritier, Louis le Pieux, préserva la cohésion de l’Empire. Momentanément. En 843, le traité de Verdun, signé par les trois petits-fils de Charlemagne après une guerre fratricide, le coupait en trois tronçons : la Francie occidentale, qui allait devenir la France ; la Francie orientale, future Allemagne ; et, entre les deux, une bande hétéroclite, allongée de la Hollande à Rome, laquelle, à son tour, ne tarda pas à se disloquer à la suite d’autres partages. Du vaste domaine carolingien, morcelé donc, et presque anéanti (bien qu’un instant reconstitué au profit du triste Charles le Gros en 885), ne demeurait que le vain titre d’empereur. Un habile et vaillant homme, Arnulf, porté au trône de la Germanie, l’arracha à la maison ducale de Spolète, qui s’en était emparé, puis Louis III de Provence et Bérenger de Frioul se le disputèrent. Lorsque Bérenger périt assassiné en 924, personne ne le revendiqua.

De Charlemagne à Otton

Disparu le dernier Carolingien de la branche allemande, Louis l’Enfant, fils et successeur d’Arnulf, les seigneurs teutons avaient choisi Conrad le Franconien et, après lui, Henri l’Oiseleur, duc de Saxe. Enfin vint Otton Ier le Grand, le second fils d’Henri. Victorieux des Hongrois envahisseurs, déjà repoussés par son père, et de tous ses ennemis, en possession, dans l’Allemagne, d’une autorité incontestée, et, hors de l'Allemagne, d’une suprématie fondée sur la victoire, il ne manquait à Otton, pour renouveler presque l’empire de Charlemagne, que la couronne des rois lombards et la couronne impériale. Il les alla 
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